1. Qui hérite ? L'ordre des héritiers
En l'absence de testament, le Code civil fixe un ordre précis. Les héritiers sont classés en quatre ordres, et la présence d'un héritier d'un ordre exclut en principe les suivants — avec une place particulière réservée au conjoint survivant :
- 1er ordre — les descendants : enfants, puis petits-enfants par représentation. Ils priment sur tous les autres.
- 2e ordre — ascendants et collatéraux privilégiés : parents du défunt, frères et sœurs (et leurs descendants).
- 3e ordre — ascendants ordinaires :grands-parents, arrière-grands-parents.
- 4e ordre — collatéraux ordinaires :oncles, tantes, cousins, jusqu'au 6e degré.
Le conjoint survivantn'est pas dans cet ordre classique mais dispose de droits propres qui dépendent de la présence d'enfants (voir section 4). Le partenaire de PACS et le concubin, eux, ne sont pashéritiers légaux : sans testament, ils ne reçoivent rien, même après des décennies de vie commune. C'est l'une des erreurs les plus coûteuses en matière de transmission.
2. Les abattements 2026 selon le lien de parenté
Avant d'appliquer le barème, on retranche de la part de chaque héritier un abattement— une somme exonérée de droits. Son montant dépend entièrement du lien avec le défunt :
| Lien de parenté | Abattement 2026 |
|---|---|
| Enfant (par parent) | 100 000 € |
| Conjoint / partenaire PACS | Exonération totale |
| Petit-enfant (succession) | 1 594 € |
| Frère ou sœur | 15 932 € |
| Neveu ou nièce | 7 967 € |
| Personne handicapée (cumulable) | + 159 325 € |
| Sans lien de parenté | 1 594 € |
L'abattement de 100 000 € s'apprécie par parent et par enfant : un enfant dont les deux parents décèdent successivement bénéficie de 100 000 € sur chaque succession. L'abattement « handicap » de 159 325 € se cumule avec l'abattement lié au lien de parenté : un enfant en situation de handicap reconnu peut ainsi recevoir 259 325 € en franchise totale de droits.
3. Le barème des droits de succession 2026
Une fois l'abattement déduit, la part taxable est soumise à un barème progressif. En ligne directe(parents ↔ enfants), les taux vont de 5 à 45 % :
| Part taxable (après abattement) | Taux |
|---|---|
| Jusqu'à 8 072 € | 5 % |
| 8 072 à 12 109 € | 10 % |
| 12 109 à 15 932 € | 15 % |
| 15 932 à 552 324 € | 20 % |
| 552 324 à 902 838 € | 30 % |
| 902 838 à 1 805 677 € | 40 % |
| Au-delà de 1 805 677 € | 45 % |
Entre frères et sœurs, le barème est plus lourd : 35 % jusqu'à 24 430 € puis 45 % au-delà. Pour les neveux et nièces, un taux unique de 55 % s'applique. Pour une personne sans lien de parenté, c'est 60 % — d'où l'intérêt déterminant de l'assurance-vie pour transmettre à un tiers (voir section 5).
Exemple chiffré — succession d'un parent à deux enfants
Madame Bernard décède en laissant 600 000 € à partager entre ses deux enfants, Léa et Hugo. Chacun reçoit 300 000 €. Après l'abattement de 100 000 €, la part taxable de chaque enfant est de 200 000 €. En appliquant le barème par tranches : 5 % sur 8 072 € (404 €) + 10 % sur 4 037 € (404 €) + 15 % sur 3 823 € (573 €) + 20 % sur 184 068 € (36 814 €) = 38 195 € de droits par enfant, soit un taux effectif d'environ 12,7 % sur la part reçue. Une donation anticipée de leur vivant aurait pu réduire fortement cette facture (section 7).
4. Le conjoint survivant : exonéré, mais selon quelles options ?
Depuis la loi TEPA de 2007, le conjoint survivant (marié) et le partenaire de PACS(à condition d'un testament en sa faveur) sont totalement exonérés de droits de succession, quel que soit le montant reçu. La question n'est donc pas « combien va-t-il payer » mais « que reçoit-il ». En présence d'enfants, le conjoint marié choisit entre deux options :
- L'usufruit de la totalité de la succession : il continue de jouir de tous les biens (habiter le logement, percevoir les loyers et intérêts), les enfants recevant la nue-propriété. Souvent privilégié pour protéger le niveau de vie du survivant.
- Le quart en pleine propriété: il devient pleinement propriétaire d'un quart des biens, libre de les vendre. Préférable lorsqu'il a besoin de liquidités ou d'autonomie patrimoniale.
Le partenaire de PACS, lui, n'hérite ques'il a été désigné par testament — sans quoi il n'a aucun droit, hormis la jouissance temporaire du logement pendant un an. Le détail des arbitrages est développé dans notre article héritage du conjoint survivant.
5. L'assurance-vie : l'outil de transmission hors succession
L'assurance-vie échappe en grande partie aux règles de la succession : les capitaux versés au(x) bénéficiaire(s) désigné(s) ne font pas partie de l'actif successoral. La fiscalité dépend de l'âge auquel les primes ont été versées :
- Primes versées avant 70 ans (article 990 I du CGI) : abattement de 152 500 € par bénéficiaire, puis prélèvement de 20 % jusqu'à 700 000 € et 31,25 % au-delà. Un parent peut ainsi transmettre 152 500 € à chacun de ses trois enfants — soit 457 500 € — sans aucun droit.
- Primes versées après 70 ans (article 757 B) : abattement global de 30 500 € (tous bénéficiaires confondus), au-delà duquel seules les primes — pas les intérêts produits — sont réintégrées dans la succession et taxées au barème classique.
C'est le levier le plus puissant pour transmettre à un tiers (concubin, ami, filleul) ou à un petit-enfant, qui seraient sinon taxés à 55-60 %. Estimez l'imposition au décès avec notre simulateur de fiscalité de l'assurance-vie.
6. Réserve héréditaire et quotité disponible
En France, on ne peut pas déshériter ses enfants. La loi protège une réserve héréditairequi leur revient obligatoirement ; le reste, la quotité disponible, peut être attribué librement par testament ou donation :
| Nombre d'enfants | Réserve héréditaire | Quotité disponible |
|---|---|---|
| 1 enfant | 1/2 | 1/2 |
| 2 enfants | 2/3 | 1/3 |
| 3 enfants ou plus | 3/4 | 1/4 |
Sans descendant, la réserve protège le conjoint survivant à hauteur d'un quart. La quotité disponible permet, par exemple, d'avantager un enfant, un partenaire de PACS ou une association. Les détails et cas particuliers (enfant d'une autre union, renonciation) sont traités dans notre article dédié à la quotité disponible et la réserve héréditaire.
7. Optimiser la transmission : les stratégies légales
Anticiper de son vivant reste le moyen le plus efficace de réduire les droits. Quatre leviers, parfaitement légaux, sont à combiner :
- La donation tous les 15 ans :l'abattement de 100 000 € par parent et par enfant se reconstitue intégralement tous les 15 ans. Donner tôt, c'est multiplier les abattements sur une vie.
- Le don familial de sommes d'argent :en plus de l'abattement classique, 31 865 € peuvent être donnés en numéraire en franchise totale si le donateur a moins de 80 ans et le donataire est majeur.
- Le démembrement de propriété :donner la nue-propriété d'un bien tout en conservant l'usufruit réduit la base taxable (barème de l'article 669 du CGI selon l'âge), et l'usufruit rejoint la nue-propriété en franchise de droits au décès.
- L'assurance-vie :alimentée avant 70 ans, elle transmet 152 500 € par bénéficiaire hors barème successoral.
Le bon arbitrage entre donner maintenant et transmettre au décès dépend de votre âge, de la nature des biens et de vos besoins de revenus. Notre comparatif donation ou succession détaille la méthode de décision.
8. Démarches et délais après un décès
La déclaration de successiondoit être déposée auprès de l'administration fiscale dans les 6 mois suivant le décès (12 mois si le décès est survenu hors de France). Le recours au notaire est obligatoire dès qu'il y a un bien immobilier, un testament ou une donation antérieure entre époux. Les droits sont en principe payés au moment du dépôt, mais un paiement fractionné (sur 1 à 3 ans) ou différé (en cas de démembrement) peut être demandé. Un retard expose à un intérêt de 0,20 % par mois et à une majoration de 10 % au-delà du 7e mois.
Questions fréquentes sur la succession 2026
Quel est l'abattement sur une succession entre parent et enfant en 2026 ?
Chaque enfant bénéficie d'un abattement de 100 000 € sur la part reçue de chacun de ses parents. Cet abattement se reconstitue intégralement tous les 15 ans, ce qui permet, par des donations anticipées, de transmettre bien plus de 100 000 € en franchise de droits sur une vie. Au-delà, le barème progressif de 5 à 45 % s'applique sur la part taxable.
Le conjoint survivant paie-t-il des droits de succession ?
Non. Depuis la loi TEPA de 2007, le conjoint marié et le partenaire de PACS (s'il est désigné par testament) sont totalement exonérés de droits de succession, quel que soit le montant transmis. En présence d'enfants, le conjoint marié choisit entre l'usufruit de la totalité de la succession ou le quart en pleine propriété.
Comment transmettre à un petit-enfant ou à un tiers sans payer 55 à 60 % ?
L'assurance-vie est l'outil le plus efficace. Les primes versées avant 70 ans donnent droit à un abattement de 152 500 € par bénéficiaire, quel que soit le lien de parenté, contre seulement 1 594 € d'abattement et un taux de 55 à 60 % dans le cadre d'une succession classique pour un petit-enfant ou une personne sans lien de parenté. La donation aux petits-enfants bénéficie aussi d'un abattement de 31 865 €.
Peut-on déshériter ses enfants en France ?
Non. La loi protège une réserve héréditaire qui revient obligatoirement aux enfants : la moitié du patrimoine avec un enfant, deux tiers avec deux enfants, trois quarts à partir de trois enfants. Seule la quotité disponible (le solde) peut être attribuée librement par testament ou donation à un tiers, au conjoint ou à une association.
Quel est le délai pour déclarer une succession ?
La déclaration de succession doit être déposée dans les 6 mois suivant le décès (12 mois si le décès a eu lieu à l'étranger). Au-delà, un intérêt de retard de 0,20 % par mois s'applique, porté à une majoration de 10 % à partir du 7e mois. Un paiement fractionné sur 1 à 3 ans ou différé peut être demandé à l'administration.
La donation est-elle plus avantageuse que la succession ?
Souvent oui, car l'abattement de 100 000 € par enfant se renouvelle tous les 15 ans : commencer tôt permet de l'utiliser plusieurs fois. La donation avec réserve d'usufruit réduit en plus la base taxable. Mais la donation est irrévocable et se décide selon l'âge, la nature des biens et le besoin de revenus du donateur. Notre comparatif donation/succession détaille la méthode.
Pour aller plus loin
Sommaire des simulateurs succession et transmission
Tous les outils MoiCombien pour estimer les droits, comparer donation et succession et optimiser la transmission de votre patrimoine en 2026.