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Quotité disponible et réserve héréditaire 2026 : tableau complet

En droit français, vous ne pouvez pas déshériter vos enfants : la loi leur réserve une part minimale (réserve héréditaire). Le reste constitue la quotité disponible que vous léguez librement par testament ou donation. La répartition : 1/2 réservée pour 1 enfant, 2/3 pour 2 enfants, 3/4 pour 3+. Sans enfant, le conjoint a droit à 1/4. Voici le tableau complet et les stratégies de transmission.

1. Réserve héréditaire : un principe fondamental du droit français

Le droit français interdit de déshériter ses enfants. La réserve héréditaire est la part minimale du patrimoine que la loi attribue de manière incompressible à certains héritiers — les héritiers réservataires — au premier rang desquels figurent les descendants. Cette règle ancienne (Code Napoléon, 1804) est codifiée à l'article 912 du Code civil et constitue l'un des piliers du droit successoral.

Le patrimoine se divise donc en deux parts :

  • La réserve héréditaire, attribuée obligatoirement aux héritiers réservataires.
  • La quotité disponible, dont le testateur peut disposer librement par testament ou donation au profit de n'importe qui (autre héritier, tiers, association).

À retenir : en France, on ne peut pas déshériter ses enfants ni totalement avantager un tiers. Toute libéralité (don ou legs) qui dépasse la quotité disponible peut être contestée par les héritiers réservataires via une action en réduction.

2. Tableau complet : réserve et quotité disponible 2026

Situation familialeRéserveQuotité disponible
1 enfant1/2 du patrimoine1/2
2 enfants2/3 du patrimoine1/3
3 enfants et plus3/4 du patrimoine1/4
Sans enfant, conjoint survivant1/4 (conjoint)3/4
Sans enfant, sans conjointAucune réserveTotalité (100 %)

Lorsqu'il y a des enfants, le conjoint n'est plus réservataire. Il bénéficie d'autres droits successoraux (1/4 en pleine propriété ou la totalité en usufruit en présence d'enfants communs) mais aucune part minimale ne lui est garantie par la loi : le défunt peut donc le déshériter par testament.

3. Calcul de la réserve par enfant

Pour calculer la part exacte qui revient à chaque enfant réservataire, il faut diviser la réserve globale par le nombre d'enfants.

Part réservataire par enfant = Réserve totale ÷ Nombre d'enfants

  • 1 enfant : 1/2 (50 %).
  • 2 enfants : 2/3 ÷ 2 = 1/3 chacun (33,33 %).
  • 3 enfants : 3/4 ÷ 3 = 1/4 chacun (25 %).
  • 4 enfants : 3/4 ÷ 4 = 3/16 chacun (18,75 %).

Si un enfant est prédécédé, ses propres enfants (petits-enfants du défunt) viennent par représentation et se partagent sa part réservataire (article 752 et suivants du Code civil).

4. Trois exemples chiffrés

Exemple 1 — Patrimoine de 600 000 €, 1 enfant unique : la réserve est de 600 000 × 1/2 = 300 000 €attribués à l'enfant. La quotité disponible (300 000 €) peut être léguée librement, par exemple au conjoint survivant ou à une association caritative.

Exemple 2 — Patrimoine de 900 000 €, 3 enfants : la réserve globale est de 900 000 × 3/4 = 675 000 €, soit 225 000 € par enfant. La quotité disponible (225 000 €) peut bénéficier au conjoint ou à un proche extérieur à la famille. Si l'un des enfants est prédécédé en laissant deux enfants, ces derniers se partagent les 225 000 € de leur parent décédé.

Exemple 3 — Patrimoine de 400 000 €, sans enfant, avec conjoint : la réserve du conjoint est de 400 000 × 1/4 = 100 000 €. Le défunt peut disposer librement des 300 000 € restants par testament, y compris en faveur d'un frère, d'un ami ou d'une fondation.

5. Action en réduction : protection des réservataires

Si un testament ou une donation porte atteinte à la réserve, les héritiers réservataires peuvent intenter une action en réduction (article 920 et suivants du Code civil). Elle permet de récupérer ce qui leur a été soustrait, soit en numéraire, soit en nature.

L'action doit être intentée dans un délai de 5 ans à compter de l'ouverture de la succession ou de 2 ans à compter de la connaissance de l'atteinte (avec un plafond absolu de 10 ans après le décès). Il s'agit d'un délai de forclusion qui ne peut pas être suspendu.

Les libéralités les plus récentes sont réduites en premier, suivies par les plus anciennes. C'est le principe de l'ordre chronologique inverse. Les donations sont conservées dans la limite du possible pour préserver l'intention du donateur.

6. Quotité disponible spéciale entre époux

L'article 1094-1 du Code civil prévoit une quotité disponible spéciale entre époux, plus large que la quotité ordinaire, qui peut être attribuée par contrat de mariage, donation au dernier vivant ou testament. En présence d'enfants, le conjoint peut recevoir au choix :

  • La quotité disponible ordinaire en pleine propriété.
  • 1/4 en pleine propriété et 3/4 en usufruit (souvent appelée « PP + US »).
  • La totalité du patrimoine en usufruit (utile pour le conjoint âgé qui souhaite conserver l'usage des biens sans en transmettre la propriété).

Cette quotité spéciale est très utilisée dans le cadre de la donation au dernier vivant, qui coûte 150 à 300 € chez le notaire et offre une protection patrimoniale puissante au conjoint survivant, sans déshériter les enfants.

7. Renoncer à la réserve : la renonciation anticipée

Depuis la loi du 23 juin 2006, un héritier peut, du vivant du défunt, renoncer par avance à exercer une action en réduction sur une libéralité. C'est la renonciation anticipée à l'action en réduction (RAAR), prévue à l'article 929 du Code civil.

Cas typique : un parent souhaite avantager un enfant handicapé en lui transmettant une part supérieure à la quotité disponible. Les autres enfants, s'ils sont d'accord, peuvent signer une RAAR devant deux notaires pour valider la libéralité au profit de leur frère ou sœur.

La RAAR est irrévocable sauf en cas d'inexécution des obligations alimentaires par le donataire ou de changement substantiel de circonstances. Elle est intransmissible.

8. Cas particuliers : adoption, enfant naturel, enfant absent

Enfants adoptés : en adoption plénière, ils ont exactement les mêmes droits réservataires que les enfants biologiques. En adoption simple, ils héritent dans la famille biologique et adoptive, mais leur part réservataire dans la famille adoptive peut être réduite si l'adoptant a d'autres enfants.

Enfants nés hors mariage : depuis la loi du 3 décembre 2001, ils ont strictement les mêmes droits que les enfants nés dans le mariage. Toute discrimination est interdite, y compris pour les enfants adultérins reconnus.

Enfant absent ou indigne : un enfant condamné pour avoir attenté à la vie du défunt peut être déclaré indigne de succéder (article 726 du Code civil), ce qui le prive de ses droits, y compris réservataires. Ses descendants peuvent venir par représentation.

9. Quotité disponible et donations antérieures : le rapport

Pour vérifier si la quotité disponible est respectée, on procède à une réunion fictive des biens existants au décès et des donations consenties auparavant (article 922 du Code civil). On calcule la masse globale, puis on en déduit la réserve et la quotité disponible.

Masse de calcul = Biens existants + Donations rapportables − Dettes

Les donations en avancement de part successorale (par défaut, sauf indication contraire) sont rapportables : elles s'imputent sur la part de l'héritier qui les a reçues. Les donations hors part successorale s'imputent sur la quotité disponible. Cette distinction est centrale pour calculer si une atteinte à la réserve a eu lieu.

10. Questions fréquentes

Puis-je avantager un de mes enfants ?

Oui, mais dans la limite de la quotité disponible. Vous pouvez léguer ou donner la quotité disponible à un enfant en particulier, ce qui revient à lui attribuer plus que sa part réservataire. Au-delà, les autres enfants pourront demander la réduction. La donation-partage est un outil efficace pour formaliser ces avantages avec l'accord de tous.

Le conjoint est-il toujours protégé sans enfant ?

En l'absence d'enfants et de descendants, le conjoint survivant est réservataire à hauteur de 1/4 du patrimoine (article 914-1). Cette réserve ne peut pas être écartée par testament. En revanche, dès qu'il y a au moins un enfant, le conjoint perd cette qualité de réservataire mais conserve ses droits successoraux légaux (1/4 en pleine propriété ou totalité en usufruit, au choix).

Puis-je déshériter un enfant qui m'a abandonné ?

Non, sauf cas extrêmement graves entraînant l'indignité successorale (tentative de meurtre, dénonciation calomnieuse ayant entraîné une condamnation criminelle, faux témoignage dans un procès criminel contre le défunt). Le simple abandon affectif ou la rupture des relations familiales n'autorise pas la suppression de la réserve.

Une assurance vie respecte-t-elle la réserve héréditaire ?

En principe, le capital d'une assurance vie est hors succession (article L132-13 du Code des assurances) et échappe donc à la réserve. Toutefois, si les primes versées sont « manifestement exagérées » au regard du patrimoine et des revenus du souscripteur, les héritiers réservataires peuvent demander leur réintégration dans la masse successorale.

Que devient la réserve en cas de remariage ?

Le remariage ne change pas les droits des enfants nés du premier mariage : ils conservent leur réserve sur l'ensemble du patrimoine de leur parent. Le nouveau conjoint n'est pas réservataire face aux enfants du premier lit. Une donation au dernier vivant ou un contrat de mariage adapté permet de mieux le protéger sans rogner sur la réserve des enfants.

Sources : Code civil articles 912 à 930 (réserve, quotité disponible, action en réduction), article 914-1 (réserve du conjoint), articles 1094 et 1094-1 (quotité disponible spéciale entre époux), article 752 (représentation), article 922 (réunion fictive), Code des assurances article L132-13, service-public.fr, notaires.fr.