1. Le système français à trois piliers
Le système français de retraite repose sur trois étages complémentaires, qui forment ensemble votre revenu de retraite. Bien les distinguer permet d'estimer correctement votre pension et de combler les zones de faiblesse :
- Retraite de base obligatoire, gérée par la CNAV pour les salariés du privé, MSA pour les agriculteurs, SSI pour les indépendants, SRE pour les fonctionnaires d'État. Calculée sur la base du salaire annuel moyen (SAM) des 25 meilleures années dans le privé.
- Retraite complémentaire obligatoire, Agirc-Arrco pour les salariés du privé (système à points), Ircantec pour les contractuels publics, MSA-Agirc-Arrco pour les agriculteurs salariés. Représente 30 à 60 % de la pension totale selon le niveau de salaire.
- Retraite supplémentaire facultative : PER individuel ou collectif, articles 83, Madelin pour les TNS, assurance-vie convertie en rente. Permet de combler le « trou de pension » lié à la baisse du taux de remplacement.
Le taux de remplacement (pension / dernier salaire) diminue avec le niveau de salaire : de l'ordre de 65 à 75 % du dernier salaire pour un salarié non-cadre à carrière complète, de 40 à 55 % pour un cadre dont le salaire dépasse nettement le PASS (plafond annuel de la Sécurité sociale, 48 060 € en 2026), au-delà duquel la retraite de base ne progresse plus. Ces ordres de grandeur dépendent de la carrière ; seule l'estimation de votre compte retraite fait foi. C'est ce différentiel qui justifie le 3e pilier pour les cadres et professions libérales.
2. L'âge légal : de 62 ans et 9 mois à 64 ans
La loi du 14 avril 2023 relève progressivement l'âge légal de départ à la retraite de 62 à 64 ans, à raison de 3 mois par génération. La loi de financement de la sécurité sociale pour 2026 a suspendu ce calendrier pour les pensions prenant effet à compter du 1er septembre 2026 : chaque génération née à partir de 1964 part un trimestre plus tôt que prévu par le calendrier de 2023. Le calendrier publié par service-public.fr (fiche F14043, vérifiée le 14 août 2026) est le suivant pour les salariés du privé :
- Nés entre septembre et décembre 1961 : 62 ans et 3 mois
- Génération 1962 : 62 ans et 6 mois
- Nés entre le 1er janvier 1963 et le 31 mars 1965 : 62 ans et 9 mois
- Nés entre le 1er avril et le 31 décembre 1965 : 63 ans
- Génération 1966 : 63 ans et 3 mois
- Génération 1967 : 63 ans et 6 mois
- Génération 1968 : 63 ans et 9 mois
- Génération 1969 et après : départ à 64 ans
Cette suspension est prévue jusqu'au 1er janvier 2028 : sauf nouvelle loi, la trajectoire vers 64 ans reprend ensuite. Les âges ci-dessus sont ceux en vigueur à la date de mise à jour de ce guide, et le détail génération par génération, mois de naissance compris, figure dans le tableau de l'âge légal de départ par cohorte.
L'âge du taux plein automatique (sans décote, quel que soit le nombre de trimestres) reste fixé à 67 ans pour la plupart des assurés. Des départs anticipés restent possibles : carrière longue (de 58 à 63 ans selon la date d'entrée dans la vie active), incapacité permanente, invalidité, travailleur handicapé.
3. Les trimestres requis : 167 à 172
Pour bénéficier du taux plein (50 % du salaire annuel moyen dans le privé), il faut justifier d'un nombre de trimestres d'assurance, dépendant de votre date de naissance (fiche service-public F14044, vérifiée le 14 août 2026, après suspension du calendrier de 2023) :
- Générations 1958 à 1960 : 167 trimestres (41 ans 9 mois)
- Nés entre janvier et août 1961 : 168 trimestres (42 ans)
- Nés entre septembre 1961 et décembre 1962 : 169 trimestres
- Nés entre le 1er janvier 1963 et le 31 mars 1965 : 170 trimestres (42 ans 6 mois)
- Nés entre le 1er avril et le 31 décembre 1965 : 171 trimestres
- Génération 1966 et après : 172 trimestres (43 ans)
Un trimestre est validé en 2026 dès lors que vous avez cotisé sur un salaire brut de 1 803 € (150 fois le SMIC horaire en vigueur au 1er janvier 2026, soit 12,02 €), avec un maximum de 4 trimestres par année civile. Les périodes assimilées (chômage indemnisé, maladie, maternité, service militaire) comptent comme trimestres validés sans cotisation supplémentaire.
4. Décote et surcote
Si vous partez avant l'âge du taux plein ou sans le nombre requis de trimestres, votre pension subit une décote : le taux de 50 % est réduit de 0,625 point par trimestre manquant (soit 1,25 % du taux plein, 5 % par an), dans la limite de 20 trimestres (taux minimum 37,5 %). Le nombre de trimestres retenu est le plus petit entre ceux qui manquent pour la durée requise et ceux qui vous séparent de 67 ans. Les trimestres manquants réduisent en outre le coefficient de proratisation (trimestres validés / trimestres requis), ce qui cumule les deux effets.
À l'inverse, si vous prolongez au-delà de l'âge légal ET du nombre de trimestres requis, vous bénéficiez d'une surcote de 1,25 % par trimestre supplémentaire (5 % par an), sans plafond. Une année de surcote vaut donc 5 % de pension à vie : un calcul à intégrer si vous hésitez à prolonger un ou deux ans.
Côté retraite complémentaire Agirc-Arrco, le malus temporaire de 10 % pendant 3 ans en cas de départ au taux plein sans prolongation d'un an a été supprimé fin 2023. Plus aucun coefficient de solidarité ne s'applique aux pensions liquidées depuis 2024.
5. Le PER : déduction d'impôt et capital à la retraite
Le Plan d'Épargne Retraite (PER) créé par la loi PACTE en 2019 est devenu en 2026 l'outil fiscal de référence pour préparer sa retraite. Les versements sont déductibles du revenu imposable dans la limite de 10 % des revenus professionnels nets de 2025 (plancher 4 710 €, plafond 37 680 € pour un salarié ; jusqu'à 88 911 € pour un indépendant), avec report des plafonds non utilisés sur 3 ans, porté à 5 ans pour les plafonds calculés à compter de 2026 (loi de finances pour 2026).
L'avantage immédiat dépend de votre TMI. Verser 5 000 € sur un PER fait économiser 1 500 € d'impôt en TMI 30 %, 2 050 € en TMI 41 % et 2 250 € en TMI 45 %. À la sortie (à l'âge légal ou pour acquisition de la résidence principale), le capital issu des versements déduits ou la rente est imposé au barème progressif de l'impôt sur le revenu, et les plus-values au prélèvement forfaitaire unique de 31,4 % (12,8 % + 18,6 % de prélèvements sociaux en 2026).
Le PER est donc particulièrement pertinent si votre TMI au moment des versements est plus élevée qu'à la sortie (typiquement, un cadre TMI 41 % qui passera en TMI 30 % à la retraite). Voir notre stratégie de déduction PER 2026.
6. La pension de réversion
La pension de réversion permet au conjoint survivant (et uniquement au conjoint, pas au concubin ni au pacsé en l'état actuel du droit) de percevoir une fraction de la pension du défunt :
- Régime général CNAV : 54 % de la pension de base, sous condition de ressources (plafond 25 001,60 € par an en 2026 pour une personne seule, 40 002,56 € en couple, fiche service-public F13104), à partir de 55 ans.
- Agirc-Arrco : 60 % de la pension complémentaire, sans condition de ressources, à partir de 55 ans.
- Fonction publique : 50 % de la pension, sans condition de ressources ni d'âge, mais conditions sur la durée de mariage.
La réversion est partagée entre les conjoints successifs au prorata de la durée de chaque mariage. Pour bien la préparer, voir notre simulateur pension de réversion.
7. Le rachat de trimestres : opportun ou pas ?
Si votre carrière comporte des « trous » (études supérieures non cotisées, années à l'étranger, années incomplètes), vous pouvez racheter jusqu'à 12 trimestres au titre de :
- Versement pour la retraite (VPLR), pour les années d'études supérieures sanctionnées par un diplôme. Coût selon le barème 2026 de la Cnav (circulaire 2026-04) : de 1 055 € par trimestre (20 ans, option taux seul, salaire moyen inférieur à 36 045 €) à 6 684 € (62 ans, option taux et durée d'assurance, salaire moyen supérieur à 48 060 €).
- Années incomplètes, pour ramener une année à 4 trimestres validés. Coût similaire mais souvent plus avantageux car effet double sur le taux et la proratisation.
Le rachat est déductible du revenu imposable l'année du paiement (sans plafond PER), ce qui en double l'intérêt pour les contribuables en TMI élevée. Rentabilité estimée généralement atteinte en 6 à 10 ans de retraite, à condition de partir avec décote sans rachat. Le simulateur de rachat de trimestres compare le coût du versement et le gain de pension dans votre situation.
8. Questions fréquentes retraite 2026
À quel âge pouvez-vous partir à la retraite selon votre génération ?
Depuis la suspension du calendrier de la réforme de 2023 par la loi de financement de la sécurité sociale pour 2026 (pensions prenant effet à compter du 1er septembre 2026), l'âge légal est de 62 ans et 9 mois pour les assurés nés entre le 1er janvier 1963 et le 31 mars 1965, 63 ans pour ceux nés d'avril à décembre 1965, puis 3 mois de plus par génération jusqu'à 64 ans à partir de la génération 1969. L'âge du taux plein automatique, sans décote quel que soit le nombre de trimestres, reste fixé à 67 ans. Des départs anticipés demeurent possibles dès 58 à 63 ans pour carrière longue, ou plus tôt en cas d'incapacité, d'invalidité ou de handicap.
Que coûte un départ avec des trimestres manquants ?
La décote réduit le taux de 50 % de 0,625 point par trimestre manquant (1,25 % du taux plein, 5 % par an), dans la limite de 20 trimestres, soit un taux minimum de 37,5 %. Le nombre retenu est le plus petit entre les trimestres manquants pour la durée requise et ceux qui séparent de 67 ans. Les trimestres manquants réduisent aussi le coefficient de proratisation, ce qui cumule les deux effets. À l'inverse, chaque trimestre travaillé au-delà de l'âge légal et de la durée requise apporte une surcote de 1,25 %, sans plafond : prolonger un an vaut 5 % de pension de base à vie.
Quel est le taux de remplacement moyen en 2026 ?
De l'ordre de 65 à 75 % du dernier salaire pour un non-cadre à carrière complète, et de 40 à 55 % pour un cadre dont le salaire dépasse nettement le PASS (48 060 € en 2026), car la retraite de base est calculée sur un salaire plafonné au PASS. Ces ordres de grandeur varient avec la carrière : l'estimation de votre compte retraite (info-retraite.fr) est la seule référence. Plus le salaire est élevé, plus la chute de revenus au passage à la retraite est forte : c'est ce différentiel qui justifie une épargne retraite supplémentaire (PER).
Quand et comment demander sa retraite ?
Déposez votre demande 4 à 6 mois avant la date de départ souhaitée, en ligne sur info-retraite.fr : la demande unique couvre tous vos régimes, base et complémentaires. Vérifiez d'abord votre relevé de carrière, idéalement dès 55 ans, pour faire corriger les erreurs ou périodes manquantes : les trimestres de chômage indemnisé, maladie, maternité ou service militaire comptent comme trimestres assimilés et doivent y figurer.
Que vaut un trimestre supplémentaire en 2026 ?
Cela dépend de votre position par rapport au taux plein. Une fois le taux plein atteint (âge légal et durée requise), chaque trimestre travaillé en plus apporte une surcote de 1,25 % de la pension de base (article D351-1-4 du Code de la Sécurité sociale) : sur 1 800 € par mois, 22,50 € de plus à vie, et 90 € (5 %) pour une année entière. Avant le taux plein, un trimestre manquant joue deux fois : décote de 0,625 point sur le taux de 50 % (soit 1,25 % de la pension) et proratisation à 171/172 pour un assuré né en 1969 (172 trimestres requis) : 1 800 € × 0,9875 × 171/172 = 1 767,17 €, soit 32,83 € de moins par mois (environ 1,8 %). Un trimestre se valide en 2026 dès 1 803 € de salaire brut cotisé (150 fois le SMIC horaire au 1er janvier 2026), dans la limite de 4 par an. Le rachat de trimestres coûte, selon le barème 2026 de la Cnav, de 1 055 € l'unité (20 ans, option taux seul, salaire moyen inférieur à 36 045 €) à 6 684 € (62 ans, option taux et durée, salaire moyen supérieur à 48 060 €), déductible du revenu imposable l'année du paiement.
Sommaire des simulateurs retraite
Tous les outils MoiCombien pour préparer votre départ à la retraite et estimer vos revenus futurs. Les calculs voisins (CSG sur les pensions, PER, rachat de trimestres, indemnité de départ) et les articles sur les régimes de base et complémentaires sont réunis dans la catégorie Retraite et pension.
Sources officielles
- Légifrance : Loi du 14 avril 2023 de financement rectificative de la SS
- Cnav : circulaire n° 2026-04 du 5 février 2026, coût du versement pour la retraite, barème 2026 (PDF) (de 1 055 à 6 684 € par trimestre selon l'âge, l'option et le salaire moyen)
- Service-Public.fr : Âge légal de départ selon la date de naissance (fiche F14043, vérifiée le 14 août 2026)
- Service-Public.fr : Trimestres requis pour le taux plein (fiche F14044, vérifiée le 14 août 2026)
- Service-Public.fr : Pension de réversion de l'Assurance retraite, plafonds de ressources 2026 (fiche F13104)
- Info-Retraite : compte retraite inter-régimes (relevé de carrière, estimation indicative globale, demande unique)
- Agirc-Arrco : Paramètres du régime (valeur de service du point 1,4386 € au 1er novembre 2025)
- DREES : Les retraités et les retraites, édition 2025