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TNS vs Salarié : quel impact sur retraite et chômage en 2026

TNS et salarié paient des cotisations sociales très différentes pour des droits très inégaux. Cotisations forfaitaires (12,3 à 25,6 % du CA) ou au réel (environ 46 % du net), retraite des indépendants ou Cipav plafonnée au PASS, ATI de 600 à 800 €/mois pendant 6 mois maximum contre ARE d'au moins 57 % du salaire journalier de référence sur 18 à 27 mois : comparatif chiffré 2026 pour 50 000 € nets.

Rédigé et vérifié par l'éditeur du site, un particulier indépendant. Comment les textes sont relus et corrigés : édition et vérification.

Vérifié le Édition et vérificationMéthodologie

1. TNS et salarié : deux régimes, deux logiques

En France, deux grands régimes de protection sociale coexistent. Le régime général couvre les salariés du privé, les fonctionnaires assimilés et les présidents de SAS/SASU. Le régime des travailleurs non salariés (TNS) regroupe les gérants majoritaires de SARL/EURL, les entrepreneurs individuels, les auto-entrepreneurs et les professions libérales. Depuis 2018, la SSI (Sécurité Sociale des Indépendants) a remplacé le RSI et adossé la gestion au régime général, mais les barèmes et les droits restent spécifiques.

Le différentiel se joue sur trois terrains : le coût des cotisations sur un même revenu, l'assurance chômage (quasi inexistante pour les TNS) et la retraite (souvent moins bien dotée). En contrepartie, le TNS profite d'un coût social globalement réduit : pour 50 000 € de revenu net avant impôt, les cotisations représentent environ 46 % du net pour un entrepreneur individuel au réel, contre environ 75 % pour un président de SASU et 81 % pour un salarié en CDI, assurance chômage comprise (calculs avec les formules du site, détaillés en section 5). La question n'est pas « lequel est le meilleur » mais « quel arbitrage selon votre projet patrimonial ».

2. Cotisations TNS : le double régime forfait/réel

Le TNS supporte des cotisations sociales calculées selon deux modes radicalement différents.

Auto-entrepreneur : forfait sur le chiffre d'affaires

Le micro-entrepreneur paie un taux URSSAF unique sur son chiffre d'affaires encaissé, sans déduction des charges réelles. Taux 2026 (source URSSAF) :

  • 12,3 % en vente de marchandises (BIC ventes).
  • 21,2 % en prestations de services BIC.
  • 25,6 % en activité libérale non réglementée (BNC) et 23,2 % pour les professions libérales relevant de la Cipav.

Ces forfaits incluent la CSG, la maladie, la retraite et les allocations familiales, mais excluent l'assurance chômage.

TNS au réel : environ 30 % du revenu brut, 46 % du net

Pour un entrepreneur individuel à l'IR au réel ou un gérant majoritaire de SARL, les cotisations sont calculées, depuis la réforme applicable aux revenus 2025, sur une assiette unique égale au revenu professionnel avant cotisations diminué d'un abattement de 26 % (au moins 1,76 % du PASS, au plus 130 % du PASS). Les principales lignes pour 2026 (PASS de 48 060 €) :

  • Maladie-maternité : 0 % sous 20 % du PASS, puis taux progressif jusqu'à 6,50 % à 110 % du PASS et 8,50 % à 3 PASS (6,50 % au-delà), plus 0,50 % d'indemnités journalières jusqu'à 5 PASS.
  • Retraite de base : 17,87 % jusqu'à 1 PASS (48 060 €), puis 0,72 % sur la fraction au-delà.
  • Retraite complémentaire des indépendants : 8,10 % jusqu'à 1 PASS, 9,10 % de 1 à 4 PASS.
  • Invalidité-décès : 1,30 % jusqu'à 1 PASS.
  • Allocations familiales : 0 % jusqu'à 110 % du PASS, progressif jusqu'à 3,10 % à 140 % du PASS.
  • CSG-CRDS : 9,70 % sur la même assiette (les cotisations ne sont plus réintégrées depuis la réforme).
  • Formation professionnelle : 0,25 % du PASS (commerçants et libéraux non réglementés), 0,29 % (artisans), 0,34 % avec conjoint collaborateur.

Pour les professions libérales relevant de la CIPAV (architectes, géomètres, psychologues, ostéopathes, etc.), la cotisation retraite remplace celle du régime des indépendants : 8,73 % jusqu'à 1 PASS + 1,87 % jusqu'à 5 PASS pour la base, et une complémentaire proportionnelle au revenu (11 % jusqu'à 1 PASS, 21 % de 1 à 4 PASS), l'invalidité-décès étant de 0,50 % jusqu'à 1,85 PASS. Un exemple complet sur 52 866 € d'assiette et les cotisations minimales figurent dans l'article sur les cotisations Cipav 2026.

3. La retraite TNS : même logique, montant plus faible

Le calcul de la pension de retraite TNS suit le principe du régime général : trimestres validés × salaire annuel moyen des 25 meilleures années (SAM) × taux. Mais deux différences pèsent lourd :

  • La cotisation retraite de base TNS (17,87 %) est plafonnée à 1 PASS : le salaire annuel moyen retenu ne peut pas dépasser 48 060 € en 2026, comme pour un salarié, mais l'assiette est diminuée de l'abattement de 26 %. Au-delà, la complémentaire des indépendants s'arrête à 4 PASS, contre 8 PASS pour l'Agirc-Arrco.
  • La retraite complémentaire des indépendants (8,10 % puis 9,10 %) est financée à un taux inférieur à celui de l'Agirc-Arrco (7,87 % en tranche 1 et 21,59 % en tranche 2, parts salariale et patronale cumulées, hors CEG et CET), mais elle est entièrement à la charge du TNS.

À revenu déclaré égal, la pension d'un TNS est donc plus faible que celle d'un salarié cadre. Pour un auto-entrepreneur, la situation est plus contrastée : seule une fraction du forfait est affectée à la retraite, et il faut un chiffre d'affaires suffisant pour valider quatre trimestres dans l'année.

Validation des trimestres en 2026 : 1 trimestre validé = 150 SMIC horaire au 1er janvier (150 × 12,02 € = 1 803 € de revenu cotisé), avec un maximum de 4 trimestres par an. Selon les exemples officiels, 12 100 € de chiffre d'affaires valident 2 trimestres en vente, 3 en prestations de services BIC et 4 en activité libérale non réglementée ; il faut donc environ 14 000 € de CA en prestations de services BIC pour valider 4 trimestres, environ 24 000 € en vente et 11 168 € pour un affilié Cipav.

4. Chômage : l'angle mort des TNS

C'est sans doute la plus grosse différence avec le salariat. Un salarié licencié bénéficie de l'Allocation de Retour à l'Emploi (ARE), calculée à partir du salaire journalier de référence (SJR) : 40,4 % du SJR plus 13,18 € par jour, sans être inférieure à 57 % ni supérieure à 70 % du SJR, avec une réduction de 30 % à partir du 7e mois pour les SJR supérieurs à 159,68 €. La durée maximale est de 548 jours (18 mois) avant 55 ans, 685 jours de 55 à 56 ans et 822 jours (27 mois) à partir de 57 ans, après application du coefficient de réduction de 25 % lié à la conjoncture.

Pour le TNS, l'Allocation Travailleurs Indépendants (ATI) est nettement plus modeste. Créée en 2019, elle verse de 19,73 à 26,30 € par jour, soit 600 à 800 € par mois selon les revenus antérieurs, pendant 182 jours au maximum, sous conditions strictes :

  • Activité non salariée exercée pendant au moins 2 années continues dans une même entreprise.
  • Cessation d'activité résultant d'une liquidation ou redressement judiciaire, ou d'une cessation pour non-viabilité économique (constatée par un tiers de confiance depuis 2022).
  • Revenus d'activité d'au moins 10 000 € sur l'une des 2 dernières années d'activité.
  • Ressources personnelles inférieures au montant du RSA (651,69 € par mois en 2026 pour une personne seule).

La grande majorité des indépendants qui cessent leur activité sans procédure judiciaire ni constat de non-viabilité n'y ont pas droit. Une assurance privée perte d'emploi reste possible ; ses cotisations sont déductibles du bénéfice dans la limite de 1,875 % du bénéfice (plafonné à 8 PASS) ou de 2,5 % du PASS (CGI, art. 154 bis).

5. Comparatif chiffré : 50 000 € de revenus en 2026

Pour un revenu net de cotisations sociales, avant impôt, de 50 000 € par an, voici le coût social et les droits ouverts pour trois statuts, calculés avec les formules du site (entrepreneur individuel commerçant au réel ; cadre d'une entreprise de 50 à 249 salariés ; la SASU est approchée par le même calcul sans assurance chômage ni AGS, 4,25 % du brut).

Comparatif chiffré : 50 000 € de revenus en 2026
IndicateurTNS (EI au réel)Salarié SASUSalarié CDI
Revenu net visé50 000 €50 000 €50 000 €
Cotisations sociales≈ 23 000 €≈ 37 700 €≈ 40 400 € (13 100 salariales + 27 400 patronales)
Coût employeur / global73 000 €87 700 €90 400 € (brut 63 100 €)
Trimestres validés4/44/44/4
Cotisations retraite (base + complémentaire, tranche 1)17,87 % + 8,10 % de l'assiette (74 % du revenu)15,45 % + 7,87 % + 2,15 % du brut15,45 % + 7,87 % + 2,15 % du brut
ChômageATI 600 à 800 €, 6 mois, sous conditionsATI 600 à 800 €, 6 mois, sous conditionsARE ≈ 3 000 €/mois (57 % du SJR), 18 mois, dégressive de 30 % dès le 7e mois
Couverture maladieRégime général (IJ sous conditions)Régime généralRégime général

Pour estimer la pension correspondante selon vos années cotisées, utilisez notre simulateur de pension de retraite 2026.

6. Compenser le manque à gagner : les leviers TNS

Un TNS lucide compense les angles morts par trois dispositifs.

  • Le PER individuel (ex-Madelin). Plafond de déduction 2026 (CGI, art. 154 bis) : 10 % du bénéfice imposable retenu dans la limite de 8 PASS + 15 % de la fraction du bénéfice comprise entre 1 et 8 PASS, soit jusqu'à 88 911 € de versement annuel déductible (plancher de 4 806 €, 10 % du PASS). À une TMI de 41 %, chaque tranche de 10 000 € versée réduit l'impôt de 4 100 €.
  • L'assurance prévoyance et perte d'emploi (contrats dits Madelin). Les cotisations de prévoyance sont déductibles dans la limite de 3,75 % du bénéfice + 7 % du PASS (au plus 3 % de 8 PASS), celles de perte d'emploi dans la limite de 1,875 % du bénéfice ou 2,5 % du PASS.
  • Le rachat de trimestres. Barème CNAV 2026 : de 1 055 € (20 ans, option taux seul, revenus sous 36 045 €) à 6 684 € (62 ans, option taux et durée, revenus au-dessus du PASS) par trimestre, versement déductible du revenu imposable. Utile pour les TNS qui ont eu des années à 0 trimestre validé en début de carrière.

7. Quand passer au régime général via la SASU

Pour un dirigeant unique qui valorise la sécurité sociale (famille, frais de santé, conjoint à protéger), la SASU devient pertinente même au prix de cotisations doublées. Sa logique est inverse : peu de protection patrimoniale en cas de chômage (l'ATI s'applique aussi), mais une couverture maladie et retraite alignée sur celle du régime général, avec accès aux indemnités journalières dès le 4e jour d'arrêt et aux prestations familiales pleines.

Beaucoup d'indépendants combinent les deux logiques : SASU pour encaisser leur activité avec une rémunération modeste alignée sur le PASS (maximisation des droits à retraite et indemnités journalières), puis distribution du surplus en dividendes soumis au prélèvement forfaitaire unique de 31,4 % (12,8 % d'impôt et 18,6 % de prélèvements sociaux depuis 2026). Cette stratégie de « double rémunération » optimise le ratio revenu net / protection sociale, à condition de dégager un excédent régulier après impôt sur les sociétés.

8. Comment choisir en 2026

Trois questions simples pour trancher :

  1. Quel niveau d'aversion au risque chômage ? Si vous démarrez seul, sans conjoint salarié et sans épargne de précaution, l'absence d'assurance chômage TNS pèse lourd. Un salariat (SASU ou portage) ouvre l'ARE en cas de licenciement économique.
  2. Quelle régularité de chiffre d'affaires ? Un TNS au réel ou en SASU paie ses cotisations sur le revenu déclaré. En cas d'année creuse, l'ajustement est immédiat. Le forfait auto-entrepreneur est plus simple mais ne profite pas des marges faibles (vous payez sur le CA brut).
  3. Quel projet patrimonial à 10 ans ? Si vous visez une cession d'activité, la SASU facilite la vente (cession d'actions). Si vous voulez maximiser votre retraite, capitalisez via un PER quel que soit le statut : la déduction fiscale fait la différence à long terme. Si ce projet passe par un achat immobilier, sachez qu'une banque juge un TNS sur la moyenne de ses deux ou trois derniers bilans, pas sur un bulletin de paie : le simulateur de capacité d'emprunt TNS applique cette règle.

En résumé

Le TNS paie globalement moins de cotisations qu'un salarié, mais accède à des droits chômage très limités (600 à 800 € par mois pendant 6 mois au plus, sous conditions) et à une retraite obligatoire plus faible à revenu équivalent. La SASU offre la couverture du salariat, hors chômage, au prix de cotisations nettement plus élevées. Le choix optimal dépend de votre projet, de votre tolérance au risque et de votre capacité à capitaliser via un PER et une prévoyance privée.

Sources

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