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Le PER en 2026 : comment ça marche et qui doit en ouvrir

Le PER permet de déduire 10 % de vos revenus professionnels du revenu imposable (jusqu'à 35 194 € en 2026 pour les TNS). Pour une TMI de 41 %, c'est 4 100 € d'économie d'impôt sur un versement de 10 000 €. Voici comment ça marche et les profils qui ont vraiment intérêt à en ouvrir un.

1. Qu'est-ce que le PER en 2026

Le Plan d'Épargne Retraite (PER) est un produit d'épargne long terme créé par la loi PACTE du 22 mai 2019, qui a unifié et remplacé les anciens dispositifs (PERP, Madelin, PERCO, Article 83). Il existe désormais sous trois formes :

  • PER individuel (PERin) : souscrit volontairement par un particulier, salarié ou indépendant, auprès d'un assureur, d'une banque ou d'un courtier.
  • PER d'entreprise collectif(ex-PERCO) : ouvert à tous les salariés d'une entreprise, alimenté par épargne salariale (intéressement, participation, abondement employeur).
  • PER d'entreprise obligatoire(ex-Article 83) : mis en place par l'employeur pour tout ou partie des salariés, avec cotisations obligatoires de l'entreprise et parfois du salarié.

Le PER est un compartiment d'investissement bloqué jusqu'à la retraite, avec un avantage fiscal immédiat à l'entrée (déduction des versements du revenu imposable) et une fiscalité différée à la sortie. C'est un outil puissant — mais pas pour tout le monde.

2. La mécanique de déduction : 10 % des revenus

Le principal attrait du PER est la déduction des versements volontaires du revenu imposable, dans la limite d'un plafond annuel fixé par l'article 163 quatervicies du Code général des impôts.

Pour un salarié, le plafond 2026 est de 10 % des revenus professionnels nets de l'année N-1, dans la limite de 8 PASS, soit environ 37 680 €(calcul sur PASS 2025 provisoire 47 100 €). À défaut de revenus, un plancher minimum s'applique : 10 % du PASS (~4 710 €).

Pour un TNS(indépendant, profession libérale, gérant majoritaire), le plafond 2026 est plus élevé : 10 % des bénéfices imposables dans la limite de 8 PASS, plus 15 % supplémentaires sur la fraction comprise entre 1 et 8 PASS. Soit un plafond maximal de ~85 780 €de versement déductible en 2026 pour un revenu BIC/BNC élevé. Le plafond simple à 10 % sans la majoration de 15 % représente environ 35 194 € pour un revenu professionnel approchant 8 PASS, valeur souvent reprise comme repère par les conseillers patrimoniaux.

Le plafond non utilisé d'une année est reportable sur les 3 années suivantes. Les couples mariés ou pacsés peuvent mutualiser leurs plafonds, ce qui permet à un conjoint inactif de bénéficier du plafond de l'autre.

3. Économie d'impôt par TMI et montant versé

L'économie d'impôt à l'entrée dépend directement de votre tranche marginale d'imposition (TMI) en 2026. Plus votre TMI est élevée, plus la déduction est rentable. Voici les ordres de grandeur pour un versement annuel donné :

VersementTMI 11 %TMI 30 %TMI 41 %TMI 45 %
5 000 €550 €1 500 €2 050 €2 250 €
10 000 €1 100 €3 000 €4 100 €4 500 €
20 000 €2 200 €6 000 €8 200 €9 000 €

Lecture du tableau : un cadre supérieur en TMI 41 % qui verse 10 000 €/an sur son PER économise 4 100 €d'impôt sur le revenu cette même année. Sur 10 ans à versement constant, c'est 41 000 € d'économie cumulée — à condition que la TMI reste stable, ce qui est rarement le cas à la retraite.

Conséquence directe : le PER est peu rentable en TMI 11 % et devient particulièrement intéressant à partir de la TMI 30 %(revenu fiscal de référence dépassant ~29 000 € par part en 2026). Pour les contribuables non imposables, l'avantage fiscal disparaît et le PER devient un produit d'épargne classique aux frais souvent plus élevés qu'une assurance-vie.

4. La sortie : capital ou rente

Depuis la réforme PACTE, la sortie du PER est libre : en capital (en une ou plusieurs fois), en rente viagère, ou en mixte. C'est la grande rupture avec les anciens dispositifs (PERP/Madelin) où la sortie en capital était plafonnée à 20 %.

Cas de déblocage anticipé permis avant la retraite (article L 224-4 du Code monétaire et financier) : invalidité, décès du conjoint, surendettement, fin de droits au chômage, cessation d'activité non salariée suite à liquidation judiciaire, et — surtout — acquisition de la résidence principale. Ce dernier cas est limité aux versements volontaires ; les versements obligatoires des PER d'entreprise ne sont pas débloquables pour la résidence principale.

5. La fiscalité de sortie

La fiscalité dépend du choix initial (déduction à l'entrée ou non) et du mode de sortie. Pour la grande majorité des épargnants ayant opté pour la déduction à l'entrée :

  • Sortie en capital : le capital correspondant aux versements est imposé au barème progressif de l'IR (sans abattement). Les plus-values sont soumises au PFU de 30 % (12,8 % d'IR + 17,2 % de prélèvements sociaux), ou au barème + PS sur option globale.
  • Sortie en rente viagère : imposition selon le régime des rentes viagères à titre gratuit (RVTG), avec abattement de 10 % (comme un salaire ou une pension), puis IR au barème.
  • Déblocage pour résidence principale : même traitement fiscal que la sortie retraite — capital imposé au barème, plus-values au PFU.

Le mécanisme repose donc sur un arbitrage de TMI dans le temps : vous économisez de l'impôt à votre TMI actuelle (souvent élevée durant la vie active), et vous le payez à votre TMI de retraite (généralement plus basse de 5 à 15 points). Le gain net est cet écart, multiplié par les versements cumulés.

Cas de sortie pour décès avant 70 ans : le capital transmis aux bénéficiaires bénéficie d'un abattement de 152 500 € par bénéficiaire, puis taxation à 20 % jusqu'à 700 000 € et 31,25 % au-delà (article 990 I du CGI). Après 70 ans, l'abattement est de 30 500 € tous bénéficiaires confondus, et le surplus entre dans la succession classique.

6. PER individuel vs PER d'entreprise

Les deux compartiments coexistent et sont transférables entre eux. Voici les différences clés :

CritèrePER individuelPER d'entreprise
SouscripteurParticulier seulEmployeur (collectif ou obligatoire)
Sources d'alimentationVersements volontairesÉpargne salariale, abondement, versements volontaires
Avantage fiscalDéduction IR (10 % des revenus)Abondement non imposable + déduction sur volontaires
Frais moyens0,5 à 1,2 % gestion + entrée variableSouvent < 1 %
Choix des supportsLargeLimité à la gamme de l'entreprise

7. Profils qui doivent ouvrir un PER en 2026

Le PER est particulièrement adapté à certains profils. Voici les quatre cas où il faut sérieusement envisager d'en ouvrir un.

Profil 1 : TMI ≥ 30 %. C'est le seuil d'efficacité du dispositif. Au-dessous, l'économie d'impôt est trop faible pour compenser le blocage. Au-dessus, chaque euro versé rapporte au minimum 30 centimes d'impôt récupéré, généralement plus quand on tient compte du gain TMI vie active vs retraite.

Profil 2 : indépendant / TNS.Le plafond de déduction est nettement plus large (jusqu'à ~85 780 €/an), et l'absence de cotisation à un régime salarié de retraite complémentaire rend l'effort d'épargne autonome essentiel. La mutualisation avec un conjoint salarié décuple l'optimisation.

Profil 3 : actif > 45 ans avec horizon de retraite à 15-20 ans.L'horizon doit être suffisamment long pour absorber les frais et profiter de la capitalisation. Mais pas trop éloigné : à 25-30 ans, l'assurance-vie ou le PEA offrent plus de souplesse. La fourchette 45-55 ans est l'âge où l'arbitrage devient le plus rentable.

Profil 4 : futurs primo-accédants ayant d'autres revenus imposables. Le PER peut servir d'enveloppe de défiscalisation provisoire avant un déblocage pour résidence principale, à condition que le gain en TMI vie active dépasse le coût fiscal du déblocage. Calcul à faire au cas par cas.

8. Profils pour qui le PER est à éviter

Tous les profils ne gagnent pas à ouvrir un PER. Trois cas fréquents où il faut s'abstenir ou privilégier une autre enveloppe.

  • Non-imposables ou TMI 11 %.L'économie d'impôt à l'entrée est trop faible (au mieux 11 % du versement) pour compenser l'imposition à la sortie. Préférez une assurance-vie ou un PEA, plus liquides et fiscalement aussi avantageux.
  • Besoin de liquidité à 5-10 ans.Le blocage est quasi total avant la retraite, hors achat de résidence principale. Un projet d'achat immobilier dans 3 ans, un investissement entrepreneurial à 5 ans, des études d'enfants imminentes : autant de raisons d'éviter le PER.
  • Jeunes actifs < 35 ans en TMI 30 %. Le blocage très long (30+ ans) impose un coût d'opportunité élevé. Le PEA, qui garde sa fiscalité après 5 ans et reste liquide, domine souvent pour cet horizon. Le PER devient pertinent plus tard, quand la TMI augmente avec l'avancée de carrière et que l'horizon retraite se rapproche.

9. Comment choisir son PER en pratique

Les trois critères de comparaison à examiner avant de signer :

  1. Les frais.Frais sur versement (privilégiez 0 %), frais de gestion annuels (cible < 1 %), frais d'arbitrage. Les PER en ligne (Linxea, Yomoni, Nalo, Goodvest, Placement Direct...) affichent généralement des frais inférieurs aux PER bancaires classiques de 0,5 à 1 point, ce qui fait des dizaines de milliers d'euros de différence sur 20 ans.
  2. L'univers d'investissement. Choix de fonds en euros, d'unités de compte, d'ETF, d'immobilier (SCPI). Un PER ouvert sur les ETF mondiaux à frais réduits surperformera la plupart des gestions pilotées sur le long terme.
  3. La gouvernance et le mode de gestion.Gestion pilotée (par défaut) avec horizon retraite : profil prudent à mesure que l'âge approche. Gestion libre : vous choisissez vos supports. Le pilotage automatique a du sens si vous ne souhaitez pas suivre l'investissement, mais peut surdiluer en fonds en euros et donc plomber le rendement long terme.

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