1. PFU 31,4 % en 2026 : le régime par défaut depuis 2019
Depuis la loi de finances pour 2019, les plus-values de cession d'actifs numériques réalisées par les particuliers résidents fiscaux français sont soumises au Prélèvement Forfaitaire Unique (PFU) au taux de 31,4 % pour les cessions réalisées depuis le 1er janvier 2026 (taux relevé de 1,4 point par la LFSS 2026, qui a porté la CSG sur les revenus du capital de 9,2 % à 10,6 %), codifié à l'article 200 C du Code général des impôts[1]. Ce taux global se décompose en deux blocs :
- 12,8 % d'impôt sur le revenu (flat tax) forfaitairement appliqué quelle que soit votre tranche marginale d'imposition.
- 18,6 % de prélèvements sociaux (CSG 10,6 %, CRDS 0,5 %, prélèvement de solidarité 7,5 %) dus dès le premier euro.
Le PFU s'applique aux cessions à titre onéreux : vente de crypto contre euros, achat de bien ou service en crypto, dès lors que la somme des prix de cession de l'année dépasse 305 € (voir la section 2). Les échanges crypto contre crypto (BTC vers ETH, par exemple) sont fiscalement neutres : les échanges sans soulte entre actifs numériques bénéficient d'un sursis d'imposition tant qu'il n'y a pas de sortie en monnaie ayant cours légal[6].
À retenir : seule la cession d'actifs numériques contre une monnaie fiat (euro, dollar) ou un bien/service réel constitue un fait générateur d'imposition. Un stablecoin (USDT, USDC) est un actif numérique : la conversion BTC vers USDT reste en sursis, c'est la conversion du stablecoin en euros qui déclenche l'impôt (voir la FAQ).
2. Seuil de 305 € : la somme des prix de cession, pas la plus-value
L'article 150 VH bis du CGI[2] prévoit une exonération lorsque la somme des prix de cession de l'année n'excède pas 305 €, hors échanges en sursis d'imposition. Le seuil s'apprécie sur le montant brut annuel des cessions (ce que vous vendez), et non sur les plus-values[5]. Dès qu'il est dépassé, l'imposition s'applique sur la totalité des plus-values de l'année, pas seulement sur la fraction au-delà de 305 € : il s'agit d'un seuil de déclenchement, pas d'un abattement.
Si vous avez par exemple vendu pour 290 € de crypto sur l'année, vous êtes exonéré quelle que soit la plus-value dégagée ; l'annexe 2086 ne mentionne alors que le prix de chaque cession[4]. Si vous avez vendu pour 2 000 € en dégageant 310 € de plus-value, l'impôt porte sur 310 € (310 € × 31,4 % = 97 €). Pour un petit portefeuille, limiter les cessions de l'année à 305 € permet donc de rester hors du champ de l'impôt.
Plus-value imposable = Prix de cession − (Prix total d'acquisition × Prix de cession / Valeur globale du portefeuille)
Cette formule pondérée s'applique sur l'ensemble du portefeuille numérique : on ne calcule pas plus-value par plus-value, mais en tenant compte de la valeur totale détenue au moment de chaque cession.
3. Formule détaillée et exemple chiffré
Voici la formule légale complète applicable à chaque cession (article 150 VH bis du CGI) :
PV = Prix de cession − [Prix total d'acquisition × (Prix de cession / Valeur globale)]
Exemple 1 : Portefeuille simple : Marc a acheté 5 000 € de BTC en 2022. En 2026, son portefeuille vaut 15 000 €. Il vend 6 000 € de BTC. Plus-value = 6 000 − [5 000 × (6 000 / 15 000)] = 6 000 − 2 000 = 4 000 € de plus-value. Impôt PFU = 4 000 × 31,4 % = 1 256 €.
Exemple 2 : Cessions multiples : Léa a investi 3 000 € sur Bitcoin et 2 000 € sur Ethereum. Au 1er juin 2026, son portefeuille total vaut 12 000 €. Elle cède 4 000 € d'ETH. Plus-value = 4 000 − [5 000 × (4 000 / 12 000)] = 4 000 − 1 667 ≈ 2 333 €. Impôt = 2 333 × 31,4 % ≈ 733 €.
4. Option pour le barème progressif depuis 2023
La loi de finances pour 2022[3] a introduit, à partir des revenus 2023, une option pour le barème progressif de l'impôt sur le revenu. Cette option, exercée chaque année lors de la déclaration, est globale et irrévocable pour l'année considérée : elle s'applique à toutes les plus-values d'actifs numériques.
L'option est intéressante si votre tranche marginale d'imposition (TMI) est inférieure à 12,8 %, c'est-à-dire si vous relevez de la tranche 0 % ou 11 %. Au-delà (TMI 30 %, 41 % ou 45 %), le PFU reste systématiquement plus avantageux.
L'option s'exerce en cochant la case 3CN de la déclaration 2042 C. Elle est distincte de la case 2OP, qui régit l'option pour le barème des dividendes, intérêts et plus-values sur titres : vous pouvez opter pour le barème sur vos cryptos et conserver le PFU sur vos dividendes, ou l'inverse[5].
Point de bascule : en tranche à 11 %, le barème coûte 11 % + 18,6 % = 29,6 % contre 31,4 % pour le PFU, soit 1,8 point d'écart (180 € pour 10 000 € de plus-value). L'écart se renverse dès que la plus-value fait franchir la tranche à 30 % (au-delà de 29 579 € de revenu imposable par part en 2026) : la fraction qui dépasse ce seuil supporte 30 % + 18,6 % = 48,6 %.
Exemple : un salarié célibataire (une part) avec 25 000 € de revenu net imposable réalise 8 000 € de plus-value crypto. PFU : 8 000 × 31,4 % = 2 512 €. Barème : 4 579 € restent dans la tranche à 11 % (504 €) et 3 421 € passent dans la tranche à 30 % (1 026 €), soit 1 530 € d'impôt, plus 1 488 € de prélèvements sociaux : 3 018 € au total. Le PFU l'emporte de 506 € alors que la TMI de départ était de 11 % : comparez toujours avec la tranche marginale effective, plus-value comprise.
5. Formulaire 2086 : la déclaration obligatoire
La déclaration des plus-values crypto passe par le formulaire 2086, annexé à votre déclaration de revenus principale (2042). Vous devez y reporter :
- Le détail de chaque cession intervenue dans l'année (date, nature, prix de cession).
- Le prix total d'acquisition du portefeuille à la date de cession.
- La valeur globale du portefeuille à la date de cession.
- Le calcul de la plus ou moins-value par cession.
Le total des plus-values nettes (ou des moins-values de l'année) est ensuite reporté en case 3AN (gain) ou 3BN (perte) de la 2042 C pour application du PFU ; l'option pour le barème progressif se matérialise en cochant la case 3CN[5].
La déclaration s'effectue chaque année lors de la campagne IR (avril à juin selon les départements), sur impots.gouv.fr.
Comptes ouverts sur une plateforme étrangère : tout compte d'actifs numériques détenu auprès d'une plateforme établie hors de France doit être déclaré chaque année, même sans cession (article 1649 bis C du CGI). En ligne, ces comptes sont renseignés en fin de parcours déclaratif ; sur papier, via l'imprimé 3916-3916 bis (mode d'emploi case par case dans l'article sur la déclaration d'un compte Binance ou Coinbase). L'amende est de 750 € par compte non déclaré (125 € par omission ou inexactitude), portée à 1 500 € par compte lorsque la valeur des comptes a dépassé 50 000 € à un moment de l'année[4].
6. Tableau récapitulatif : PFU vs Barème
| TMI 2026 | PFU 31,4 % | Barème + PS 18,6 % | Option avantageuse |
|---|---|---|---|
| 0 % | 31,4 % | 18,6 % | Barème |
| 11 % | 31,4 % | 29,6 % | Barème |
| 30 % | 31,4 % | 48,6 % | PFU |
| 41 % | 31,4 % | 59,6 % | PFU |
| 45 % | 31,4 % | 63,6 % | PFU |
7. Moins-values : report et compensation
Les moins-values constatées sur l'année peuvent être imputées sur les plus-values de la même année (compensation intra-annuelle), et uniquement sur des plus-values de même nature : une moins-value crypto ne s'impute ni sur une plus-value d'actions ni sur une plus-value immobilière. En outre, contrairement aux plus-values mobilières classiques, les moins-values crypto ne sont pas reportables sur les années suivantes[4]. Une moins-value nette annuelle est perdue.
C'est un point clé d'optimisation : si vous savez que vous allez réaliser une plus-value imposable en fin d'année, il peut être pertinent de matérialiser une moins-value latente avant le 31 décembre pour la compenser.
8. Cas particuliers et professionnels
Le régime PFU concerne uniquement les particuliers en gestion patrimoniale. Si l'activité est qualifiée d'habituelle par l'administration (opérations réalisées dans des conditions analogues à celles d'une activité professionnelle), les gains relèvent depuis le 1er janvier 2023 des bénéfices non commerciaux (BNC), en régime micro-BNC ou de déclaration contrôlée[5].
Le staking, les airdrops et les récompenses de mining font l'objet de doctrines spécifiques : leur qualification (BNC, BIC ou revenus mobiliers) dépend du caractère habituel et de l'organisation matérielle (voir l'article sur la fiscalité du minage). La revente d'un actif reçu par airdrop est ensuite soumise au régime PFU classique. Les NFT posent une question supplémentaire, celle de la TVA pour le créateur qui les vend.
9. Sanctions en cas d'omission
L'omission de déclaration des plus-values crypto expose à :
- Intérêts de retard : 0,20 % par mois (2,4 % par an) sur l'impôt éludé.
- Majoration de 10 % en cas de déclaration tardive spontanée, 40 % en cas de mise en demeure non suivie d'effet, 80 % en cas de manœuvres frauduleuses.
- Droit de reprise de l'administration : 3 ans, porté à 10 ans pour activités occultes ou comptes étrangers non déclarés.
10. Questions fréquentes
Dois-je déclarer les échanges crypto contre crypto ?
Non. Tant que vous ne sortez pas en monnaie fiat (euro, dollar) ou que vous n'achetez pas un bien ou service avec vos cryptos, l'échange crypto-crypto est fiscalement neutre. Vous devez néanmoins en conserver l'historique pour le calcul du prix d'acquisition lors d'une future cession.
Le HODL est-il imposable ?
Non. Détenir des cryptos sans les vendre ne génère aucune imposition. L'impôt n'est dû qu'au moment d'une cession à titre onéreux. Vous pouvez conserver plusieurs années sans déclarer ni payer.
Comment déclarer si je n'ai pas tous mes historiques ?
Il est conseillé d'utiliser un outil de tracking (Koinly, Waltio, Coinly) qui synthétise les transactions multi-exchanges. En cas d'historique manquant, l'administration peut retenir un prix d'acquisition de 0 €, ce qui maximise la plus-value taxée. La rigueur de la documentation est primordiale.
Le PFU s'applique-t-il aux stablecoins ?
Oui. Les stablecoins (USDT, USDC, DAI) sont des actifs numériques au sens fiscal. La conversion BTC vers USDT est fiscalement neutre (échange crypto-crypto), mais la conversion USDT vers euros est imposable au PFU 31,4 %.
Puis-je modifier mon choix PFU/barème après déclaration ?
Vous pouvez corriger votre déclaration jusqu'à la fin de la période de rectification ouverte sur impots.gouv.fr (généralement décembre de l'année de déclaration). Au-delà, le choix est définitif pour cette année. L'option doit être renouvelée chaque année si souhaitée.
Sources officielles consultées
- Code général des impôts, article 200 C (Prélèvement Forfaitaire Unique applicable aux plus-values d'actifs numériques) : consulter
- Code général des impôts, article 150 VH bis (Régime d'imposition des plus-values d'actifs numériques) : consulter
- Loi n°2021-1900 de finances pour 2022, article 79 (Option pour le barème progressif applicable aux plus-values crypto à partir de 2023) : consulter
- BOFiP-impôts, BOI-RPPM-PVBMC-30-30 (Modalités d'imposition et obligations déclaratives : option pour le barème, imputation des moins-values, annexe 2086, déclaration des comptes d'actifs numériques à l'étranger et amendes) : consulter
- impots.gouv.fr, « Comment déclarer les plus ou moins-values sur cessions d'actifs numériques ? » (PFU 31,4 %, seuil de 305 € apprécié sur la somme des prix de cession, cases 3AN, 3BN et 3CN, régime BNC des opérations habituelles, comptes à l'étranger) : consulter
- BOFiP-impôts, BOI-RPPM-PVBMC-30-10 (Champ d'application : personnes concernées, sursis d'imposition des échanges sans soulte, exonération lorsque la somme des prix de cession n'excède pas 305 €) : consulter