1. Plus-value mobilière : de quoi parle-t-on ?
La plus-value mobilièreest le gain réalisé lors de la cession de valeurs mobilières : actions, parts de sociétés, OPCVM, obligations, ETF, droits et bons de souscription. Elle se calcule comme la différence entre le prix de cession (net des frais de courtage et taxes) et le prix d'acquisition (majoré des frais d'acquisition).
Concrètement, si vous achetez 100 actions d'une société à 50 € (frais inclus) et les revendez 90 € (frais déduits), la plus-value imposable est de 4 000 €. Si la vente intervient à 40 €, vous réalisez une moins-value de 1 000 €, imputable sur d'autres plus-values mobilières de l'année ou des 10 années suivantes.
Le régime d'imposition diffère selon l'enveloppe : dans un PEA après 5 ans, la plus-value est exonérée d'impôt sur le revenu (seuls les prélèvements sociaux de 17,2 % restent dus). Dans une assurance-vie, l'imposition n'intervient qu'au moment du retrait et sur la quote-part de plus-value seulement. Sur un compte-titres ordinaire (CTO), c'est le régime du présent article qui s'applique : PFU par défaut, ou option globale au barème.
2. Le PFU 30 % : option par défaut depuis 2018
Depuis le 1er janvier 2018, les revenus du capital (dividendes, intérêts, plus-values mobilières) sont imposés par défaut au Prélèvement Forfaitaire Unique (PFU), également appelé « flat tax ». Le PFU s'élève à 30 %, décomposés ainsi :
- 12,8 % d'impôt sur le revenu (taux forfaitaire),
- 17,2 % de prélèvements sociaux (CSG 9,2 %, CRDS 0,5 %, prélèvement de solidarité 7,5 %).
Aucun abattement n'est applicable au PFU : la totalité de la plus-value brute est imposée à 30 %, dès le premier euro. C'est ce caractère proportionnel qui le rend favorable aux contribuables fortement imposés à l'IR.
Pour une plus-value de 20 000 €, le PFU représente une imposition totale de 6 000 €, dont 2 560 € d'impôt sur le revenu et 3 440 € de prélèvements sociaux.
3. L'option globale au barème : quand est-elle intéressante ?
Vous pouvez renoncer au PFU et opter pour l'imposition au barème progressif de l'impôt sur le revenu. Cette option est globale et annuelle : elle s'applique à l'ensemble des revenus de capitaux mobiliers et plus-values de l'année (dividendes, intérêts, PV). Elle se coche dans votre déclaration via la case 2OP.
L'option au barème présente trois avantages :
- Application de votre TMI réelle, qui peut être inférieure à 12,8 % (TMI 0 % ou 11 %).
- Déductibilité partielle de la CSG (6,8 % sur les 17,2 % de prélèvements sociaux), qui vient réduire votre revenu imposable de l'année suivante.
- Pour les titres acquis avant le 1er janvier 2018, application d'un abattement pour durée de détention de 50 % (entre 2 et 8 ans) ou 65 % (au-delà de 8 ans). Cet abattement ne s'applique qu'à l'impôt sur le revenu, pas aux prélèvements sociaux.
L'option est irrévocable au moment où elle est exercée, mais peut être modifiée chaque année. Avant de cocher la case 2OP, faites toujours une simulation complète, car elle s'applique à tous vos revenus de capitaux mobiliers de l'année — pas seulement à la plus-value.
4. Comparatif chiffré : PFU vs barème selon votre TMI
Voici un tableau d'arbitrage pour trois niveaux de plus-value et trois TMI courantes, sur des titres acquis après 2018 (donc sans abattement durée de détention). Les chiffres incluent les prélèvements sociaux de 17,2 %.
| Plus-value | PFU 30 % | Barème TMI 11 % | Barème TMI 30 % | Barème TMI 41 % |
|---|---|---|---|---|
| 10 000 € | 3 000 € | 2 820 € | 4 720 € | 5 820 € |
| 30 000 € | 9 000 € | 8 460 € | 14 160 € | 17 460 € |
| 100 000 € | 30 000 € | 28 200 € | 47 200 € | 58 200 € |
La règle empirique tient en deux lignes :
- TMI 0 % ou 11 % — le barème est presque toujours plus favorable que le PFU. L'écart d'environ 6 % entre 12,8 % et 11 % se cumule à l'avantage de la déductibilité CSG.
- TMI 30 %, 41 % ou 45 % — le PFU est nettement meilleur, sauf cas particulier (abattement durée de détention sur titres anciens, ou présence de moins-values reportées).
Pour calculer votre TMI exacte selon votre composition de foyer, utilisez notre simulateur d'impôt sur le revenu 2026.
5. Abattement durée de détention : titres acquis avant 2018
Pour les titres acquis avant le 1er janvier 2018, l'option pour le barème ouvre droit à un abattement pour durée de détention sur la plus-value imposable à l'IR (les 17,2 % de prélèvements sociaux restent dus sur la totalité) :
- 50 % pour une détention entre 2 et 8 ans,
- 65 % au-delà de 8 ans.
Pour les cessions de titres de PME éligibles (régime renforcé), l'abattement peut atteindre 85 % au-delà de 8 ans. Ce régime concerne les titres détenus dans des sociétés de moins de 10 ans à leur acquisition, soumises à l'IS et exerçant une activité opérationnelle.
Exemple chiffré : une plus-value de 50 000 € sur des titres acquis en 2014 (donc > 8 ans). Au PFU : 15 000 € d'impôt. Au barème avec abattement 65 %, à TMI 30 % : 50 000 × 35 % × 30 % = 5 250 € d'IR, plus 8 600 € de PS sur la totalité = 13 850 €. L'option au barème permet ici d'économiser plus de 1 150 €.
6. Exonération de 500 000 € : dirigeant partant à la retraite
L'article 150-0 D ter du CGI prévoit une exonération d'IR à hauteur de 500 000 € sur la plus-value réalisée par un dirigeant de PME lors de la cession de ses titres à l'occasion de son départ à la retraite. L'avantage est lourd : sur une cession à 1 million d'euros, l'IR ne porte que sur 500 000 € (les PS de 17,2 % restent dus sur la totalité).
Les conditions sont strictes :
- La société cédée doit être une PME au sens européen(moins de 250 salariés, CA < 50 M€ ou bilan < 43 M€), soumise à l'IS, et exercer une activité opérationnelle ou détenir un patrimoine animateur.
- Le cédant doit avoir exercé une fonction de direction pendant au moins 5 ans et détenu 25 % des droits au cours des 5 années précédant la cession.
- Le cédant doit cesser toute fonction et faire valoir ses droits à la retraite dans les 2 ans suivant ou précédant la cession.
Pour des cessions plus complexes (LBO, donation préalable, apport-cession), ce régime peut se combiner avec d'autres mécanismes : le passage par une holding patrimoniale en report d'imposition (150-0 B ter) ouvre encore d'autres opportunités.
7. Méthode de décision pas-à-pas
Comment décider concrètement entre PFU et barème pour vos plus-values ? Suivez cette méthode chaque année avant la déclaration :
- Estimez votre TMIde l'année — c'est la tranche marginale, pas le taux moyen. Pour un célibataire à 35 000 € de revenu net imposable, la TMI est 30 %.
- Identifiez la nature de vos titres — acquis avant ou après 2018, PME éligible ou non, durée de détention.
- Faites une double simulation — PFU et barème avec abattement le cas échéant — en n'oubliant pas que l'option au barème impacte aussi vos dividendes et intérêts de l'année.
- Comparez le coût net global — IR + PS, après abattement. Si l'écart est inférieur à 100-200 €, restez au PFU (plus simple, pas d'impact sur les autres revenus de capitaux).
- Vérifiez l'impact CSG déductible — l'option au barème permet de déduire 6,8 % de CSG du revenu imposable de l'année suivante. Ce gain n'apparaît pas immédiatement mais peut représenter 50 à 200 € d'économie supplémentaire.
En pratique, un patrimoine « dynamique » (PEA et CTO actifs) à TMI 11 % gagne souvent 5 à 10 % d'économie en cochant l'option 2OP, tandis qu'un investisseur à TMI 30 % ou plus a presque toujours intérêt à rester au PFU.
En résumé
Le PFU à 30 % reste l'imposition par défaut des plus-values mobilières en 2026, mais il n'est pas optimal pour tous les profils. À TMI 0 % ou 11 %, l'option globale pour le barème (case 2OP) permet d'économiser plusieurs centaines d'euros par an, et bien davantage si vos titres ont été acquis avant 2018 (abattement durée de détention 50-65 %). À TMI 30 % et au-delà, le PFU est presque toujours préférable. Les dirigeants partant à la retraite peuvent en plus mobiliser l'exonération de 500 000 € de l'article 150-0 D ter, ou recourir à l'apport-cession via une holding pour différer l'imposition. Dans tous les cas, simulez systématiquement les deux régimes avant de cocher 2OP : l'option est globale et impacte aussi vos dividendes et intérêts de l'année.