1. Congé paternité 2026 : 28 jours au total
Depuis le 1er juillet 2021, le congé paternité et d'accueil de l'enfant est passé de 14 à 28 jours calendaires en France. Il se décompose en deux blocs distincts, versés par deux acteurs différents :
- 3 jours de congé de naissance, à la charge de l'employeur, pris au moment de la naissance (ou de l'arrivée au foyer en cas d'adoption). Ces jours sont payés à 100 % du salaire habituel comme s'il s'agissait de jours travaillés.
- 25 jours de congé paternité, indemnisés par la Sécurité sociale (Caisse Primaire d'Assurance Maladie ou MSA pour les agriculteurs). En cas de naissances multiples (jumeaux, triplés, etc.), cette durée passe à 32 jours.
Le total atteint donc 28 jours (ou 35 jours pour des jumeaux), prenant ainsi place parmi les durées les plus généreuses d'Europe. Ces jours sont décomptés en jours calendaires, c'est-à-dire incluant les weekends et jours fériés.
À retenir : le congé paternité concerne le père biologique, mais aussi le conjoint, partenaire de PACS ou concubin de la mère, sans condition de lien de filiation avec l'enfant. C'est la notion juridique de « second parent ».
2. Fractionnement : 4 jours obligatoires + 21 jours en 2 périodes
Sur les 25 jours indemnisés par la Sécu, la loi impose une partie obligatoire prise immédiatement après la naissance, le reste étant fractionnable pour s'adapter au rythme familial.
Bloc obligatoire — 4 jours consécutifs : ces 4 jours doivent être pris immédiatement après les 3 jours de congé naissance employeur, soit à compter du lendemain de la naissance. Au total, le père doit donc s'absenter au minimum 7 jours d'affilée juste après l'accouchement. Il s'agit d'une interdiction d'emploi pour l'employeur : il ne peut pas le faire travailler durant cette période.
Bloc fractionnable — 21 jours en 2 périodes maximum : les 21 jours restants peuvent être pris d'un seul tenant ou fractionnés en deux périodes distinctes, chacune devant compter au moins 5 jours consécutifs. Le second parent doit prévenir l'employeur du calendrier au moins 1 mois à l'avance.
Délai de prise des jours : l'ensemble du congé doit être pris dans les 6 mois suivant la naissance de l'enfant. Au-delà, les jours non utilisés sont perdus, sauf situations exceptionnelles (hospitalisation prolongée de l'enfant, décès de la mère).
3. Conditions d'ouverture des droits
Pour bénéficier des indemnités journalières de la Sécurité sociale (IJSS) pendant les 25 jours pris en charge par la CPAM, vous devez remplir trois conditions cumulatives :
- Être affilié à la Sécurité sociale française depuis au moins 10 mois à la date présumée de l'accouchement (ou d'arrivée de l'enfant en cas d'adoption).
- Avoir travaillé au moins 150 heures au cours des 3 mois civils précédant le début du congé, OU avoir cotisé sur un salaire au moins égal à 1 015 fois le SMIC horaire au cours des 6 mois précédents.
- Pour les professions à employeurs multiples ou saisonnières : 600 heures travaillées en 12 mois ou cotisations sur 2 030 fois le SMIC horaire en 12 mois.
Le congé est accessible à tous les salariés, qu'ils soient en CDI, CDD, intérimaire ou apprenti. Les travailleurs indépendants (TNS, professions libérales, artisans et commerçants) ont aussi droit à un congé paternité d'une durée équivalente, indemnisé par leur caisse (URSSAF, CARSAT, etc.) sur la même grille.
4. Calcul de l'indemnité : IJSS à 100 % du salaire plafonné
Pendant les 25 jours pris en charge par la Sécu, vous percevez des indemnités journalières (IJSS) versées par la CPAM. Le calcul repose sur votre salaire journalier de base sur les 3 derniers mois précédant le congé :
IJSS journalière = salaire brut des 3 derniers mois ÷ 91,25
Le salaire pris en compte est plafonné à 3,18 fois le SMIC mensuel brut, soit environ 5 727 € brut par mois en 2026, ce qui plafonne l'IJSS journalière à environ 190 € brut/jour. La CPAM retient ensuite la CSG (6,7 %) et la CRDS (0,5 %), soit ~ 7,2 % de prélèvements sociaux sur l'IJSS brute.
Avantage fiscal : contrairement à l'allocation chômage, les IJSS de paternité ne sont pas soumises au prélèvement à la source. Elles sont déclarées en case 1AJ ou 1AK de la déclaration de revenus, mais n'augmentent pas votre taux de PAS de l'année en cours.
5. Tableau récapitulatif : jours et montants
| Période | Durée | Versée par | Montant |
|---|---|---|---|
| Congé naissance | 3 jours | Employeur | 100 % salaire |
| Paternité obligatoire (immédiatement après) | 4 jours consécutifs | CPAM (IJSS) | 100 % brut plafonné 190 €/j |
| Paternité fractionnable | 21 jours (1 ou 2 périodes ≥ 5 j) | CPAM (IJSS) | 100 % brut plafonné 190 €/j |
| Total | 28 jours | Jusqu'à ~ 5 320 € brut sur 28 j |
En cas de naissances multiples, la durée du congé paternité fractionnable passe à 28 jours (au lieu de 21), soit 35 jours au total (3 + 4 + 28).
6. Exemples chiffrés selon le salaire
Exemple 1 — Salarié au SMIC (1 802 € brut/mois en 2026) : salaire journalier de base = 1 802 × 3 ÷ 91,25 ≈ 59,25 € brut/jour. Sur 25 jours d'IJSS, il perçoit 1 481 € brut. Après CSG-CRDS (≈ 7,2 %), il reste ~ 1 374 € net. Avec les 3 jours payés à 100 % par l'employeur (≈ 178 € brut), le total atteint ~ 1 552 € net sur 28 jours.
Exemple 2 — Salarié à 2 800 € brut/mois (~ 2 184 € net) : salaire journalier = 2 800 × 3 ÷ 91,25 ≈ 92 € brut/jour. Sur 25 jours d'IJSS, il perçoit 2 300 € brut, soit ~ 2 134 € net après prélèvements sociaux. Avec les 3 jours employeur (≈ 276 € brut), le total brut atteint ~ 2 576 €, soit environ 2 410 € net sur 28 jours.
Exemple 3 — Cadre à 6 500 € brut/mois : son salaire dépasse le plafond 3,18 SMIC ≈ 5 727 € brut. L'IJSS sera plafonnée à 5 727 × 3 ÷ 91,25 ≈ 188 € brut/jour. Sur 25 jours, il touchera 4 700 € brut (~ 4 362 € net). À l'inverse, son employeur paye intégralement les 3 jours de naissance à son taux habituel (~ 650 € brut), pour un total net d'environ 4 965 € sur 28 jours. La perte par rapport à son salaire habituel est limitée mais réelle.
7. Démarche employeur : prévenir 1 mois à l'avance
Le second parent doit informer son employeur par courrier recommandé avec accusé de réception (ou remise en main propre contre décharge), au moins 1 mois avant la date présumée de l'accouchement, en précisant :
- La date prévisionnelle d'accouchement.
- La date de début et la durée du congé prévu (avec fractionnement si applicable).
L'employeur ne peut pas refuser ce congé : c'est un droit absolu pour le salarié dès lors qu'il remplit les conditions. À la naissance effective, le salarié transmet à l'employeur l'extrait d'acte de naissance (ou la copie du livret de famille mis à jour) pour justifier la prise du congé.
Pendant le congé, le contrat de travail est suspendu (pas rompu) : le salarié conserve son ancienneté, ses droits aux congés payés et son poste. À la fin du congé, il retrouve obligatoirement le même emploi ou un emploi équivalent avec rémunération au moins équivalente.
8. Démarche CPAM : formulaire d'attestation
Pour percevoir les IJSS, l'employeur transmet à la CPAM une attestation de salaire « paternité » (formulaire S3201 ou via la DSN) précisant la date de début et de fin du congé. Cette attestation permet à la CPAM de calculer les indemnités journalières et de les verser directement au salarié.
Le second parent doit aussi fournir à sa CPAM :
- Un extrait d'acte de naissance de l'enfant (ou copie du livret de famille).
- En cas de naissances multiples : la mention sur l'extrait d'acte ou un certificat médical attestant le nombre d'enfants.
- Pour le concubin ou partenaire de PACS sans lien de filiation : un justificatif de vie commune (attestation sur l'honneur, certificat de PACS).
Les indemnités sont versées tous les 14 jours environ sur le compte bancaire indiqué. Pour suivre les paiements, le mieux est de consulter son compte ameli.fr régulièrement : la rubrique « Mes paiements » détaille chaque versement et la période couverte.
En cas de retard de paiement (par exemple si l'attestation employeur n'est pas arrivée), n'hésitez pas à contacter la CPAM via la messagerie de votre espace ameli ou au 3646. Une simulation d'IJSS via le simulateur salaire brut/net peut vous aider à anticiper les montants attendus.
9. Cas particuliers : hospitalisation, adoption, décès
Hospitalisation de l'enfant à la naissance : si l'enfant est hospitalisé immédiatement dans une unité de soins spécialisée (néonatologie, réanimation), le père bénéficie d'un congé supplémentaire de 30 jours maximum, indemnisé par la Sécu au même taux que le congé paternité de base.
Adoption : le congé d'adoption pour le second parent suit la même logique. Il peut prendre jusqu'à 25 jours (32 en cas d'adoption multiple) à compter de l'arrivée de l'enfant au foyer. Le congé doit être pris dans les 6 mois.
Décès de la mère pendant le congé maternité : le père bénéficie automatiquement du report du congé maternité non pris par la mère, en plus de son propre congé paternité. C'est la situation où la durée peut être la plus longue (potentiellement plus de 3 mois cumulés).
Travailleurs indépendants : les TNS ont droit à un congé paternité de durée identique (28 jours), indemnisé par leur caisse maladie selon le revenu professionnel des 3 dernières années. L'indemnité est plafonnée différemment (forfait journalier + part variable). Les démarches passent par votre espace en ligne URSSAF ou ameli pro.
10. Questions fréquentes
Peut-on cumuler congé paternité et télétravail ?
Non. Pendant les jours indemnisés par la Sécu, vous êtes considéré comme en interdiction d'emploi. Toute reprise d'activité (y compris partielle en télétravail) entraîne la suspension des IJSS et peut être qualifiée de fraude. En revanche, rien n'empêche de répondre à un mail ponctuellement : seul un exercice réel d'une activité salariée pose problème.
Le congé paternité est-il obligatoire ?
Seuls les 7 premiers jours sont obligatoires (3 jours de naissance employeur + 4 jours consécutifs de paternité). L'employeur ne peut pas faire travailler le salarié sur cette période, sous peine d'une amende de 7 500 €. Les 21 jours fractionnables, eux, restent un droit à activer ou non par le salarié.
Que se passe-t-il si je dépasse le délai de 6 mois ?
Les jours non pris dans les 6 mois suivant la naissance sont perdus. Exceptions : hospitalisation prolongée de l'enfant ou de la mère, décès de la mère, ou cas de force majeure dûment justifiés à la CPAM. Dans ces cas, le délai peut être prolongé jusqu'aux 18 mois de l'enfant.
Le congé paternité ouvre-t-il droit à congés payés ?
Oui. Le congé paternité est assimilé à du temps de travail effectif pour le calcul des congés payés, de l'ancienneté, du 13e mois et des primes liées à la présence. Aucune réduction n'est possible : votre compteur de congés payés continue à se remplir comme si vous étiez au bureau.
Mon employeur peut-il compléter le salaire pendant le congé ?
Oui, et c'est fréquent. Beaucoup de conventions collectives (banque, assurance, métallurgie, syntec) prévoient un maintien intégral du salaire pendant le congé paternité, l'employeur versant la différence entre les IJSS plafonnées et le salaire habituel. Vérifiez votre convention collective via le code IDCC qui figure sur la fiche de paie.
Sources : Code de la Sécurité sociale Art. L331-8 (congé paternité), Code du travail Art. L1225-35 et suivants, décret n°2021-574 du 10 mai 2021 portant à 25 jours la durée du congé paternité, service-public.fr — fiche congé paternité, ameli.fr.