1. Le contrat saisonnier, un CDD à part
Le contrat saisonnier est un CDD conclu pour des tâches appelées à se répéter chaque année à des dates à peu près fixes, en fonction du rythme des saisons ou des modes de vie collectifs : récoltes agricoles, hôtellerie-restauration de bord de mer ou de montagne, remontées mécaniques, animation touristique (article L. 1242-2, 3° du Code du travail)[1]. Il présente deux particularités : il peut être conclu sans terme précis (il court alors jusqu'à la fin de la saison, avec une durée minimale obligatoire) et il échappe à la prime de précarité versée à la fin des CDD classiques : nous y revenons plus bas.
2. Quel salaire en 2026 ? SMIC et heures supplémentaires
Comme tout salarié, le saisonnier ne peut pas être payé sous le SMIC : 12,31 € brut de l'heure (montant en vigueur depuis le 1er juin 2026), soit 1 867,02 € bruts par mois pour 35 heures, autour de 1 478 € net. Vérifiez aussi le minimum conventionnel de votre branche, qui peut dépasser le SMIC[2].
Les heures supplémentaires sont la norme en saison. À défaut d'accord collectif, elles sont majorées de 25 % de la 36ᵉ à la 43ᵉ heure hebdomadaire et de 50 % au-delà. En HCR, où la durée conventionnelle atteint 39 heures, les majorations sont de 10 % de la 36ᵉ à la 39ᵉ heure, 20 % de la 40ᵉ à la 43ᵉ et 50 % ensuite. Toutes ces heures doivent figurer sur le bulletin de paie : pour traduire votre brut en net, utilisez notre simulateur salaire brut-net.
3. Logé, nourri : comment sont valorisés les avantages en nature
Beaucoup d'employeurs saisonniers logent ou nourrissent leurs salariés. Ces avantages ne sont jamais « gratuits » au sens de la paie : ils constituent des avantages en nature, ajoutés au salaire brut (donc soumis à cotisations et imposables), puis déduits du net à payer. Le logement est évalué selon le barème forfaitaire de l'URSSAF : 79,70 € par mois pour une pièce en 2026 lorsque la rémunération brute mensuelle est inférieure à 2 002,50 €, ou d'après sa valeur locative. En hôtellerie-restauration, chaque repas fourni est évalué au minimum garanti, soit 4,35 € par repas depuis le 1er juin 2026 (4,25 € de janvier à mai 2026)[3]. Un logement fourni sans aucune mention sur la fiche de paie est une anomalie à signaler.
4. Fin de contrat : pas de prime de précarité, mais des droits
C'est la grande spécificité du CDD saisonnier : la loi exclut expressément l'indemnité de fin de contrat de 10 %, dite « prime de précarité » (article L. 1243-10 du Code du travail), sauf dispositions conventionnelles plus favorables (convention collective ou accord)[4]. Les autres droits de fin de contrat demeurent :
| Droit | CDD classique | CDD saisonnier |
|---|---|---|
| Indemnité de fin de contrat (10 %) | Oui | Non, sauf disposition conventionnelle plus favorable |
| Indemnité compensatrice de congés payés (10 %) | Oui | Oui |
| Certificat de travail, solde de tout compte, attestation France Travail | Oui | Oui |
| Allocation chômage | Oui, sous conditions | Oui, sous conditions |
L'indemnité compensatrice de congés payés, elle, est toujours due si vous n'avez pas pris vos congés pendant le contrat : 10 % de la rémunération brute totale perçue, versée avec le dernier salaire.
5. Reconduction : retrouver son poste la saison suivante
Le contrat peut comporter une clause de reconduction pour la saison suivante. Au-delà, dans les branches où l'emploi saisonnier est particulièrement développé (remontées mécaniques, hôtellerie de plein air…), le salarié qui a effectué au moins deux mêmes saisons dans la même entreprise sur deux années consécutives bénéficie d'un droit à la reconduction de son contrat, dès lors qu'un emploi compatible est disponible (articles L. 1244-2 et suivants du Code du travail). L'employeur doit l'informer de ce droit et justifier tout refus. Demandez par écrit, avant la fin de la saison, à être recontacté pour la suivante : ce courriel servira de preuve.
6. Exemple : Théo, serveur deux mois en station balnéaire
Théo, 21 ans, est serveur en juillet et août 2026, 35 heures par semaine au SMIC. Son brut mensuel est de 1 867,02 €, soit autour de 1 478 € net. À la fin du contrat, il n'a pris aucun congé : son employeur lui verse une indemnité compensatrice de congés payés de 10 % de 3 734,04 € de brut, soit environ 373 €. Pas de prime de précarité, en revanche : son contrat est saisonnier. Logé par l'employeur, il voit apparaître sur sa fiche de paie un avantage en nature logement de quelques dizaines d'euros par mois. Étudiant, Théo bénéficiera en outre d'une exonération d'impôt sur ses salaires dans une certaine limite annuelle : voyez notre article job étudiant et impôt 2026.
7. Questions fréquentes
Ai-je droit au chômage après ma saison ?
Oui, si vous remplissez les conditions d'affiliation de droit commun : avoir travaillé au moins six mois (130 jours ou 910 heures) au cours des 24 derniers mois (36 mois à partir de 55 ans), tous contrats confondus. Depuis le 1er avril 2026, cinq mois suffisent pour une première ouverture de droits[5]. Inscrivez-vous à France Travail dès la fin du contrat, muni de votre attestation employeur.
Mon employeur peut-il rompre le contrat avant la fin de la saison ?
Non, sauf cas limités : période d'essai, faute grave, force majeure, inaptitude constatée par le médecin du travail ou accord commun. Hors de ces cas, la rupture anticipée ouvre droit à des dommages et intérêts au moins égaux aux salaires que vous auriez perçus jusqu'au terme. Vous-même ne pouvez partir avant terme que dans ces mêmes cas ou pour une embauche en CDI. Pour mesurer ce que ce passage change sur le net mensuel, les indemnités de fin de contrat et les droits au chômage, le comparatif CDI, CDD ou intérim chiffre un même poste sous les trois contrats.
La prime de précarité peut-elle malgré tout m'être versée ?
Oui, dans deux situations : si la convention collective ou un accord la prévoit pour les saisonniers ; ou si le poste n'était pas réellement saisonnier (activité permanente de l'entreprise) : le contrat peut alors être requalifié par le conseil de prud'hommes, avec rappel de l'indemnité de 10 % et d'éventuels autres compléments. À l'inverse, la prime n'est pas due non plus lorsque le contrat est conclu avec un jeune pour une période comprise dans ses vacances scolaires ou universitaires (article L. 1243-10, 2°).
Je suis étudiant : mon salaire de saison est-il imposable ?
Les salaires perçus par les jeunes de 25 ans au plus poursuivant leurs études bénéficient, sur option, d'une exonération d'impôt sur le revenu dans la limite de trois SMIC mensuels par an. Au-delà, seul le surplus est imposable. Le détail figure dans notre article dédié au job étudiant et à l'impôt 2026.
Quelles règles si j'ai 16 ou 17 ans ?
Le SMIC peut être minoré de 20 % avant 17 ans et de 10 % entre 17 et 18 ans, sauf si vous justifiez de six mois de pratique professionnelle dans la branche. Les durées de travail des mineurs sont par ailleurs strictement encadrées (35 heures hebdomadaires maximum sauf dérogation, travail de nuit interdit en principe).
Sources officielles consultées
- Légifrance : Code du travail, article L1242-2 (3° : emplois à caractère saisonnier) ; Service-Public.gouv.fr : « Qu'est-ce qu'un CDD sans terme précis ? » (fiche F34640) (durée minimale, fin de la saison) ; Service-Public.gouv.fr : « Fin d'un contrat à durée déterminée (CDD) » (fiche F40) (rupture anticipée, documents de fin de contrat), consultés le 15 septembre 2026.
- Service-Public.gouv.fr : « Smic (salaire minimum interprofessionnel de croissance) » (fiche F2300) (12,31 € brut de l'heure, 1 867,02 € brut et 1 477,93 € net par mois au 1er juin 2026 ; SMIC minoré avant 18 ans) ; Légifrance : Code du travail, article L3121-36 (majorations légales de 25 % et 50 %) ; Légifrance : convention collective HCR (IDCC 1979), avenant n° 2 du 5 février 2007, articles 3 et 4 (39 heures ; majorations de 10 %, 20 % et 50 %), consultés le 15 septembre 2026.
- Urssaf.fr : « Avantages en nature », taux et barèmes 2026 (logement 79,70 € pour une pièce sous 2 002,50 € de rémunération brute mensuelle ; repas HCRB 4,35 € au 1er juin 2026), page mise à jour le 1er juin 2026, consultée le 15 septembre 2026.
- Légifrance : Code du travail, article L1243-10 (indemnité de fin de contrat non due pour les emplois saisonniers, sauf dispositions conventionnelles plus favorables) ; Service-Public.gouv.fr : « Le salarié touche-t-il la prime de précarité à la fin d'un contrat de travail ? » (fiche F803) ; Légifrance : Code du travail, article L1244-2-2 (droit à la reconduction après deux mêmes saisons sur deux années consécutives), consultés le 15 septembre 2026.
- Service-Public.gouv.fr : « Allocation chômage d'aide au retour à l'emploi (ARE) d'un salarié du secteur privé dont la fin de contrat de travail intervient à compter du 1er avril 2025 » (fiche F38881) (6 mois d'affiliation sur 24 ou 36 mois ; 5 mois pour les primo-entrants depuis le 1er avril 2026), vérifiée le 23 juillet 2026, consultée le 15 septembre 2026.
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