1. AJPA 2026 : 66,64 €/jour pour le proche aidant
L'Allocation Journalière du Proche Aidant (AJPA) est une prestation versée par la CAF (ou la MSA pour le régime agricole) au salarié, travailleur indépendant ou demandeur d'emploi indemnisé qui suspend ou réduit son activité professionnelle pour s'occuper d'un proche en situation de handicap ou de perte d'autonomie sévère. Créée par la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2020 et versée depuis le 1er octobre 2020, l'AJPA compense une part importante du salaire perdu pendant le congé proche aidant.
En 2026, le montant journalier brut atteint 66,64 € par jour, montant forfaitaire fixé par décret et revalorisé par référence au SMIC. Une demi-journée est indemnisée à 33,32 €. Le plafond mensuel s'établit à 22 jours indemnisés, soit jusqu'à 1 466,08 € de versement mensuel si vous utilisez tous les jours du mois[1].
À retenir : l'AJPA n'est pas un revenu de remplacement intégral. Pour un salarié au SMIC, 22 jours d'AJPA (environ 1 368 € net après CSG-CRDS) représentent environ 93 % du salaire net mensuel, mais une part beaucoup plus faible pour un cadre. Elle se conjugue obligatoirement avec un congé proche aidant (CPA) auprès de l'employeur.
2. Plafond : 66 jours par personne aidée, 4 personnes au maximum
Depuis le 1er janvier 2025 (décret n° 2024-697 du 5 juillet 2024), le plafond de 66 jours indemnisés s'apprécie par personne aidée, dans la limite de 4 personnes sur l'ensemble du parcours professionnel, soit au plus 264 jours. Avant 2025, les 66 jours valaient pour toute la carrière, quel que soit le proche aidé (parent, enfant, conjoint, frère, sœur, ascendant ou descendant jusqu'au 4e degré, ou personne avec laquelle l'aidant entretient des liens étroits et stables).
Concrètement : si vous avez déjà bénéficié de 30 jours d'AJPA pour accompagner un parent, il vous reste 36 jours pour ce même parent, et un nouveau compteur de 66 jours peut s'ouvrir pour un autre proche. Le plafond vise à éviter le recours prolongé à l'allocation, qui reste pensée comme une aide ponctuelle et non comme un substitut durable de revenu.
Une limite mensuelle s'ajoute : pas plus de 22 jours indemnisés par mois (équivalent d'un mois complet d'activité). Si vous prenez deux mois consécutifs de congé proche aidant à temps plein, vous consommez 44 jours sur les 66 disponibles pour cette personne.
3. Qui peut bénéficier de l'AJPA ?
L'AJPA est ouverte aux personnes qui interrompent ou réduisent leur activité professionnelle pour aider un proche présentant un handicap (taux d'incapacité ≥ 80 %) ou une perte d'autonomie ouvrant droit à l'APA (GIR 1 à 4 sur la grille AGGIR), ou titulaire d'une majoration pour tierce personne. Trois conditions cumulatives sont à remplir.
- Être salarié, travailleur indépendant, fonctionnaire, demandeur d'emploi indemnisé ou stagiaire de la formation professionnelle, et bénéficier officiellement d'un congé proche aidant, d'un temps partiel ou d'une interruption assimilée.
- Aider un proche résidant en France, dont la perte d'autonomie ou le handicap est reconnu administrativement par la MDPH, la CDAPH ou le Conseil Départemental (justificatif AAH, PCH, APA, majoration pour tierce personne).
- Ne pas être rémunéré pour l'aide apportée. Si vous êtes salarié de la personne aidée via le CESU, vous ne pouvez pas cumuler ce salaire avec l'AJPA pour les jours concernés[2].
Le lien entre l'aidant et l'aidé peut être familial (conjoint, ascendant, descendant, collatéral jusqu'au 4e degré) ou simplement amical, dès lors qu'il existe une relation étroite, stable et résidentielle suffisamment proche pour justifier l'aide quotidienne.
4. Le congé proche aidant : socle juridique de l'AJPA
Pour percevoir l'AJPA, le bénéficiaire doit avoir activé son congé proche aidant (CPA) auprès de son employeur, régi par l'article L3142-16 du Code du travail. Ce congé est un droit acquis : l'employeur ne peut le refuser (depuis la loi du 8 août 2016). Sa durée maximale est de 3 mois renouvelables, dans la limite d'un an sur l'ensemble de la carrière.
Le congé peut être pris :
- De façon continue : période ininterrompue de quelques semaines à 3 mois.
- Fractionné : par périodes d'au moins une journée (avec accord de l'employeur sur les modalités).
- Sous forme de temps partiel : réduction du temps de travail négociée avec l'employeur, l'AJPA versée à la demi-journée compense la baisse de salaire.
La demande de congé proche aidant doit être adressée à l'employeur par courrier recommandé avec accusé de réception, au moins un mois avant le début du congé. Ce délai est ramené à 48 heures en cas d'urgence (dégradation soudaine de l'état du proche, hospitalisation imprévue).
5. Tableau récapitulatif : durées, montants, plafonds 2026
| Élément | Valeur 2026 | Référence |
|---|---|---|
| Montant journée complète | 66,64 € brut | Forfait indexé sur le SMIC |
| Montant demi-journée | 33,32 € brut | Pour temps partiel |
| Plafond mensuel | 22 jours / mois | ≈ 1 466,08 € max |
| Plafond par personne aidée | 66 jours (4 personnes au maximum, 264 jours) | Code SS Art. L168-8 et suivants |
| Durée congé CPA | 3 mois renouvelables | 1 an max sur la carrière |
| Prélèvements | CSG 6,2 % + CRDS 0,5 % | Soumise à l'IR |
6. Calcul concret : 3 exemples chiffrés
Exemple 1 : Salariée au SMIC accompagnant sa mère (GIR 2) : Sophie, employée à 1 867,02 € brut/mois, prend un congé proche aidant continu de 6 semaines. Son AJPA brute : 22 jours × 66,64 € = 1 466,08 € le premier mois, puis 1 466,08 € le second. Sur 2 mois, elle perçoit ~ 2 736 € net (après CSG-CRDS ≈ 6,7 %), soit ~ 93 % de son salaire net habituel (≈ 1 478 €/mois). La perte reste limitée. Elle aura consommé 44 jours sur les 66 ouverts pour sa mère.
Exemple 2 : Cadre à 4 200 € brut accompagnant son conjoint handicapé à 80 % : Karim prend un temps partiel à 50 % pendant 2 mois. Il bénéficie de 11 demi-journées d'AJPA par mois soit 11 × 33,32 € = 366,52 €/mois brut. Son salaire chute à environ 2 100 € brut + 367 € d'AJPA, soit ≈ 2 467 € brut/mois (contre 4 200 € hors congé). La compensation AJPA reste partielle pour les revenus élevés.
Exemple 3 : Travailleuse indépendante en BNC accompagnant son père GIR 1 : Léa, infirmière libérale, suspend son activité 1 mois. Elle perçoit 22 × 66,64 = 1 466,08 € brut (≈ 1 368 € net). À titre de comparaison, son bénéfice mensuel moyen est d'environ 3 500 €. L'AJPA compense ici environ 39 % de ses revenus habituels, mais reste un soutien financier précieux pendant la suspension d'activité.
7. Démarche CAF : déclaration en ligne mensuelle
La demande d'AJPA s'effectue exclusivement en ligne via votre compte personnel CAF.fr (rubrique « Mes démarches » → « Demander une prestation » → « AJPA »). Les pièces à fournir :
- Le formulaire de demande d'AJPA (Cerfa n° 16108), disponible sur service-public.gouv.fr et sur CAF.fr.
- Un justificatif du congé proche aidant : copie de la lettre à l'employeur ou attestation employeur, ou pour les indépendants, attestation sur l'honneur de l'interruption d'activité.
- Un justificatif de la perte d'autonomie du proche : notification de taux d'incapacité d'au moins 80 %, décision d'APA, ou attestation de majoration pour tierce personne.
- La déclaration sur l'honneur du lien avec la personne aidée, intégrée au formulaire.
Déclaration mensuelle obligatoire : chaque mois, vous devez déclarer en ligne le nombre de jours et demi-journées effectivement consacrés à l'aide du proche. La CAF verse l'AJPA correspondante le mois suivant. Aucun versement automatique : sans déclaration, pas de paiement.
8. Fiscalité et prélèvements : AJPA imposable
L'AJPA est soumise à la CSG (6,2 %) et à la CRDS (0,5 %), prélevées à la source par la CAF. Elle est également imposable au titre des revenus de remplacement et doit être déclarée à l'impôt sur le revenu en case 1AP / 1BP de la déclaration n°2042. Elle est pré-remplie automatiquement par l'administration fiscale grâce à la transmission CAF.
Couverture sociale : pendant les jours indemnisés, le bénéficiaire conserve ses droits à l'assurance maladie et à l'assurance vieillesse. Le bénéficiaire du congé de proche aidant est affilié à l'assurance vieillesse des aidants (AVA), qui valide des droits à la retraite de base pour la période, ce qui limite l'effet de l'interruption d'activité[3].
9. Cumul AJPA et autres aides : ce qui est autorisé
Cumul autorisé avec : APA (touchée par la personne aidée), AAH ou PCH (touchées par la personne aidée), salaire partiel du congé à temps partiel, indemnités d'assurance décès-invalidité du proche, allocations familiales du foyer du bénéficiaire.
Cumul interdit avec : indemnités journalières maladie/maternité, allocation aux adultes handicapés (AAH) personnelle, prestation compensatoire du handicap (PCH) au titre du « dédommagement de l'aidant familial » pour les jours déjà indemnisés, congé maternité ou paternité, allocations chômage, PreParE et allocation journalière de présence parentale pour les mêmes jours. En d'autres termes, l'AJPA ne peut pas se cumuler avec un autre revenu de remplacement à plein temps pour la même période.
10. Erreurs fréquentes à éviter
- Oublier la déclaration mensuelle sur CAF.fr : sans déclaration, la CAF ne verse rien et il faut régulariser dans les 3 mois sous peine de prescription.
- Ne pas activer le congé proche aidant auprès de l'employeur : sans CPA, l'AJPA est refusée. Le simple arrêt maladie ne suffit pas.
- Demander l'AJPA sans justificatif de perte d'autonomie : sans notification de taux d'incapacité de 80 %, décision d'APA ou majoration pour tierce personne, la demande est rejetée.
- Cumuler AJPA et salaire pour les mêmes jours : une journée travaillée = une journée non indemnisée. La fraude est facilement détectée via les DSN employeur.
11. Questions fréquentes
L'AJPA est-elle versée si je continue à travailler à temps partiel ?
Oui. L'AJPA peut être versée à la demi-journée (33,32 €) pour compenser une réduction de temps de travail formalisée avec l'employeur. Vous percevez alors votre salaire partiel + AJPA à la demi-journée pour les heures non travaillées consacrées à l'aide[4].
Combien de fois puis-je demander l'AJPA dans ma vie ?
Autant de fois que vous le souhaitez tant que vous n'avez pas atteint le plafond de 66 jours indemnisés par personne aidée, dans la limite de 4 personnes au cours de la carrière. Une fois les 66 jours consommés pour un proche, l'AJPA n'est plus mobilisable pour lui, mais reste ouverte pour un autre proche.
Mon employeur peut-il refuser le congé proche aidant ?
Non. Depuis la loi du 8 août 2016, le congé proche aidant est un droit que l'employeur ne peut pas refuser dès lors que les conditions sont remplies et le délai de prévenance respecté. En cas de refus, le salarié peut saisir le conseil de prud'hommes.
L'AJPA vaut-elle des trimestres de retraite ?
Oui, indirectement. Le bénéficiaire du congé de proche aidant est affilié gratuitement à l'assurance vieillesse des aidants (AVA), qui valide des droits à la retraite de base pour la période de congé. Cela limite la perte de trimestres pour les aidants qui interrompent leur carrière.
Puis-je toucher l'AJPA pour aider un voisin ou un ami ?
Oui, à condition de prouver une relation étroite et stable avec la personne aidée (voisinage de longue date, aide quotidienne avérée). Une déclaration sur l'honneur accompagnée d'attestations de tiers (médecin, mairie, travailleur social) est généralement nécessaire pour caractériser ce lien.
Sources officielles consultées
- Légifrance : Code de la Sécurité sociale, articles L168-8 à L168-16 (allocation journalière du proche aidant), consultés le 15 septembre 2026.
- Service-Public.gouv.fr : actualité « Allocation journalière du proche aidant : dans certains cas vous pourrez la percevoir plus longtemps » (A17505), 9 octobre 2024 (décret n° 2024-697 du 5 juillet 2024 : 66 jours par personne aidée, 4 personnes, à compter du 1er janvier 2025), consultée le 15 septembre 2026.
- Service-Public.gouv.fr : formulaire « Demande de prestation de l'allocation journalière du proche aidant (AJPA) » (Cerfa n° 16108), consulté le 15 septembre 2026.
- Service-Public.gouv.fr : « Congé de proche aidant » (fiche F16920), vérifiée le 15 juin 2026 (montants de 66,64 € et 33,32 €, 22 jours par mois, 66 jours par personne aidée dans la limite de 4 personnes, conditions sur la personne aidée, durée du congé, délais de prévenance, assurance vieillesse des aidants), consultée le 15 septembre 2026.