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Agirc-Arrco 2026 : valeur du point, calcul et coefficient de solidarité

La retraite complémentaire Agirc-Arrco représente souvent 30 à 60 % de la pension totale d'un salarié du privé, et elle obéit à une logique entièrement différente du régime général : un système par points, sans notion de trimestres. Beaucoup de futurs retraités redoutent encore le coefficient de solidarité, ce malus de 10 % qui sanctionnait un départ dès l'obtention du taux plein : il a pourtant été supprimé fin 2023. Voici ce qui s'applique réellement en 2026.

1. Un régime par points, pas par trimestres

L'Agirc-Arrco est le régime de retraite complémentaire obligatoire de tous les salariés du secteur privé, unifié depuis le 1ᵉʳ janvier 2019. Il ne raisonne ni en trimestres, ni en durée d'assurance, ni en salaire annuel moyen: chaque cotisation versée pendant la carrière est convertie en points, et c'est le stock de points accumulé qui détermine la pension[1].

La conséquence est importante : deux salariés qui totalisent exactement 172 trimestres peuvent percevoir des complémentaires très différentes, parce que l'un a cotisé sur des salaires élevés et l'autre non. Les trimestres ne disparaissent pas pour autant du raisonnement — ils déterminent la date à laquelle vous obtenez le taux pleinau régime général, et l'Agirc-Arrco s'aligne sur cette date pour servir la complémentaire sans minoration définitive.

2. Comment s'acquièrent les points : deux tranches et un taux d'appel de 127 %

Le salaire brut est découpé en deux tranches, définies par référence au plafond annuel de la Sécurité sociale (PASS), fixé à 48 060 € en 2026 (4 005 € par mois) :

  • Tranche 1: la part du salaire comprise entre 0 et 1 PASS, soit jusqu'à 48 060 € par an.
  • Tranche 2: la part comprise entre 1 et 8 PASS, soit de 48 060 € à 384 480 € par an. Au-delà de 8 PASS, plus aucune cotisation n'est due et plus aucun point n'est acquis.

Sur chaque tranche s'appliquent deux taux distincts, et c'est là que se loge le mécanisme le plus méconnu du régime. Le taux de cotisation contractuel est de 6,20 % en tranche 1 et de 17 % en tranche 2. Mais les cotisations sont appelées à 127 %de ces taux : l'employeur et le salarié versent en réalité 7,87 % sur la tranche 1 et 21,59 %sur la tranche 2, réparties à 60 % pour l'employeur et 40 % pour le salarié[2].

Seuls les taux contractuels génèrent des points.Les 27 % supplémentaires financent l'équilibre du régime sans ouvrir le moindre droit. S'y ajoutent deux contributions également non génératrices de points : la contribution d'équilibre général (CEG, 2,15 % en tranche 1 et 2,70 % en tranche 2) et la contribution d'équilibre technique (CET, 0,35 %) due lorsque la rémunération dépasse le plafond. La formule d'acquisition est donc :

Points acquis dans l'année = (assiette × taux de cotisation contractuel) ÷ prix d'achat du point

Le prix d'achat du point, appelé salaire de référence, s'établit à 20,1877 € pour 2026, valeur inchangée par rapport à 2025[1].

3. De vos points à votre pension : la valeur du point en 2026

Le calcul de la pension tient en une ligne :

Pension annuelle brute = nombre de points × valeur de service du point

La valeur de service du point Agirc-Arrco est de 1,4386 €. Elle a été reconduite sans changement au 1ᵉʳ novembre 2025: faute d'accord entre les partenaires sociaux lors de la négociation d'octobre 2025, les pensions complémentaires n'ont pas été revalorisées, pour la première fois depuis la fusion de 2019. Cette valeur reste donc celle applicable en juillet 2026, la prochaine échéance de revalorisation étant le 1ᵉʳ novembre 2026[1].

Ne confondez pas les deux paramètres : on achète un point 20,1877 € et il rapporte 1,4386 € par an, soit un rendement instantané de 7,13 %. La pension est versée le premier jour ouvré de chaque mois ; en dessous de 200 points, elle peut donner lieu à un versement unique en capital[2].

4. Exemple 1 — Sylvie, 5 400 points : le calcul complet

Sylvie, 64 ans, non-cadre, a gagné 45 000 € brut en 2026 — la totalité en tranche 1, puisque son salaire reste sous le PASS. Sur l'année, elle acquiert :

  • (45 000 € × 6,20 %) ÷ 20,1877 € = 138,20 points.
  • Pendant ce temps, 3 541,50 € de cotisations ont été appelées (45 000 € × 7,87 %) dont 1 417,50 € à sa charge. Seuls 2 790 € ont servi de base au calcul des points : 751,50 € ont été prélevés sans générer aucun droit.

Au terme de sa carrière, son relevé affiche 5 400 points. Sa retraite complémentaire brute s'élève à 5 400 × 1,4386 € = 7 768,44 € par an, soit 647,37 € par mois avant prélèvements sociaux. Ajoutés à sa retraite de base, ces points représentent environ un tiers de sa pension totale. Pour une projection complète intégrant base et complémentaire, utilisez notre simulateur de pension de retraite.

Le cas d'un cadre illustre l'effet de la tranche 2. Avec 72 000 € brut, Marc cotise sur 48 060 € en tranche 1 (147,60 points) et sur 23 940 € en tranche 2 (201,60 points), soit 349,20 points dans l'année : la tranche 2, deux fois plus petite en assiette, rapporte davantage de points que la tranche 1, parce que son taux contractuel est presque triple.

5. Le coefficient de solidarité : le malus de 10 % n'existe plus

C'est le point sur lequel circulent le plus d'informations périmées. Le coefficient de solidarité a été supprimé.Il ne s'applique plus à aucun retraité aujourd'hui[3].

Rappel du dispositif, en vigueur de 2019 à 2023 : les assurés nés à compter du 1ᵉʳ janvier 1957 qui liquidaient leur retraite dès l'obtention du taux plein au régime général subissaient une minoration de 10 % de leur seule pension complémentaire, pendant 3 ans et au plus tard jusqu'à 67 ans. Pour l'éviter, il fallait décaler la liquidation de quatre trimestres après la date du taux plein. Plusieurs situations échappaient au malus : les personnes exonérées de CSG en raison du faible revenu de leur foyer, celles partant au titre de l'inaptitude, du handicap ou de l'amiante, les anciens invalides de 2ᵉ et 3ᵉ catégorie et les titulaires d'une incapacité permanente d'au moins 20 %. Les retraités soumis au taux réduit de CSG de 3,8 % voyaient la minoration ramenée à 5 %.

L'accord national interprofessionnel du 5 octobre 2023 a mis fin au dispositif, jugé sans objet après le report de l'âge légal à 64 ans. La suppression s'applique aux pensions prenant effet à compter du 1ᵉʳ décembre 2023, et le malus a cessé d'être prélevé au 1ᵉʳ avril 2024 pour les quelque 700 000 retraités déjà pénalisés[3]. Concrètement, en 2026, liquider votre complémentaire dès la date de votre taux plein ne coûte plus rien.

6. Exemple 2 — pourquoi décaler d'un an était rarement gagnant

Le calcul qui a occupé les futurs retraités entre 2019 et 2023 mérite d'être posé, parce qu'il explique l'abandon du dispositif. Reprenons Sylvie : 7 768,44 € de complémentaire brute et 15 600 € de retraite de base, soit 23 368 € par an.

  • Liquider dès le taux plein, avec le malus : elle perdait 776,84 € par an pendant 3 ans, soit 2 330,53 € au total.
  • Décaler de quatre trimestres : elle échappait au malus, gagnait une surcote de 5 % sur sa base (780 € par an à vie) et 138 points supplémentaires (198,81 € par an à vie), soit un gain permanent de 978,81 € par an. Mais elle renonçait à 23 368 € de pension, une année entière.

Bilan : chaque année de retraite, le décalage rapporte 978,81 € de plus, auxquels s'ajoutent 776,84 € de malus évités tant que la minoration court. Il faut environ 22 ans pour compenser l'année de pension sacrifiée, soit un point d'équilibre vers 86 ans. Le malus, à lui seul, ne justifiait presque jamais de repousser son départ : il pénalisait sans réellement modifier les comportements, ce qui a motivé sa suppression. Depuis, l'arbitrage se limite à sa question de fond — une année de travail supplémentaire ajoute des points et une surcote, mais coûte une année de pension.

7. Le coefficient majorant : un bonus devenu résiduel

Le pendant positif du dispositif, le coefficient majorant, récompensait un décalage d'au moins deux ans après la date du taux plein, sous forme d'une majoration appliquée pendant un an seulement. Il a été supprimé pour les assurés nés à compter du 1ᵉʳ septembre 1961 dont la retraite prend effet à compter du 1ᵉʳ décembre 2023, mais il reste servi aux générations antérieures et à ceux qui en bénéficiaient déjà[3].

Décalage après la date du taux pleinCoefficientDuréeStatut en 2026
Aucun (départ dès le taux plein)− 10 %3 ans, au plus jusqu'à 67 ansSupprimé depuis le 1ᵉʳ décembre 2023
Aucun, avec CSG au taux réduit de 3,8 %− 5 %3 ansSupprimé
1 an (4 trimestres)0 %Sans objet
2 ans+ 10 %1 anRéservé aux personnes nées avant le 1ᵉʳ septembre 1961
3 ans+ 20 %1 anIdem
4 ans+ 30 %1 anIdem

Exemple 3 — Claude, né en juin 1961.Il n'est pas concerné par la réforme de 2023 et a atteint le taux plein en juin 2023, à 62 ans. En liquidant en juin 2026, trois ans plus tard, il bénéficie encore d'un coefficient majorant de 20 % pendant douze mois. Avec 6 000 points, sa complémentaire de 8 631,60 € brut annuels est portée à 10 357,92 € la première année, soit 1 726,32 € de bonus, avant de revenir au montant de droit commun.

8. Les majorations pour enfants

Deux majorations distinctes existent, et elles ne se cumulent pas: lorsque les conditions des deux sont réunies, l'Agirc-Arrco verse la plus élevée[4].

  • Majoration pour enfants nés ou élevés : 10 % pour 3 enfants ou plus, définitive. Elle est plafonnée à 2 367,48 € par anpour les retraites versées à compter du 1ᵉʳ novembre 2025. Le plafond ne s'applique pas aux personnes nées avant le 2 août 1951, et les droits constitués avant 2012 obéissent aux règles propres des anciens régimes Arrco et Agirc. Sont pris en compte les enfants que vous avez eus, mais aussi ceux que vous avez élevés pendant au moins neuf ans avant leur seizième anniversaire.
  • Majoration pour enfant à charge : 5 % par enfantà charge, sans plafond, mais temporaire — elle cesse dès que l'enfant n'est plus considéré comme à charge.

9. Réversion et CSG : deux différences avec le régime de base

La réversion Agirc-Arrco est de 60 % des droits du défunt, contre 54 % au régime général. Elle est ouverte au conjoint survivant à partir de 55 ans pour les décès postérieurs au 1ᵉʳ janvier 2019, et surtout sans aucune condition de ressources— c'est la différence majeure avec l'Assurance retraite, qui plafonne les revenus du survivant[5]. Aucune condition d'âge n'est exigée si le survivant a deux enfants à charge ou est invalide. En revanche, le remariage supprime définitivement le droit, et ni le Pacs ni le concubinage n'ouvrent droit à réversion. Notre simulateur de pension de réversion traite les deux régimes séparément.

Côté prélèvements, la complémentaire suit exactement le même régime que la pension de base : le taux de CSG (0 %, 3,8 %, 6,6 % ou 8,3 %) dépend du revenu fiscal de référence du foyer de l'avant-dernière année, auquel s'ajoutent la CRDS à 0,5 % et la CASA à 0,3 %, soit 9,1 % au total au taux normal. Un même RFR détermine donc le taux appliqué aux deux pensions. Vérifiez le vôtre avec notre simulateur de CSG sur les retraites.

10. Questions fréquentes

Combien de points faut-il pour 500 € de complémentaire par mois ?

Il faut 4 171 points. Le calcul est direct : 500 € × 12 mois = 6 000 € par an, divisés par la valeur de service de 1,4386 €. À l'inverse, 10 000 points produisent 14 386 € brut par an, soit 1 198,83 € par mois. Ce montant s'entend avant CSG, CRDS, CASA et impôt sur le revenu : au taux normal de prélèvements sociaux (9,1 %), 1 198,83 € brut deviennent 1 089,74 € net avant impôt.

Le malus de 10 % peut-il réapparaître ?

Rien ne l'indique à ce jour. Le coefficient de solidarité a été abrogé par l'accord national interprofessionnel du 5 octobre 2023, qui couvre la période 2023-2026, et sa justification — inciter à travailler un an de plus que l'âge légal — a disparu avec le report de cet âge à 64 ans. Les négociations de l'automne 2025 ont porté sur la revalorisation des pensions, pas sur le rétablissement du malus. Méfiez-vous des contenus en ligne non datés qui le présentent encore comme applicable.

Est-ce que je gagne des points pendant le chômage ou un arrêt maladie ?

Oui, sans cotisation de votre part. Les périodes de chômage indemnisé au titre de l'ARE, de l'ASP ou de l'ASS donnent lieu à des points calculés sur votre salaire journalier de référence. De même, un arrêt de travail de plus de 60 jours consécutifspour maladie, maternité ou adoption, indemnisé par la Sécurité sociale ou par une pension d'invalidité, ouvre droit à des points gratuits. Ces points figurent sur votre relevé de carrière et ne se distinguent pas des autres au moment du calcul.

Puis-je liquider ma complémentaire avant ma retraite de base ?

C'est possible à partir de 57 ans, sans demander votre retraite de base, mais au prix d'un coefficient de minoration définitif— sans rapport avec l'ancien malus temporaire — dont le niveau dépend de votre âge et du nombre de trimestres manquants. Cette minoration s'applique à vie et rend l'opération coûteuse dans la quasi-totalité des situations. Le schéma habituel reste la liquidation simultanée des deux pensions à la date du taux plein.

Pourquoi mes cotisations sont-elles plus élevées que mes points ne le suggèrent ?

Parce que le taux d'appel est de 127 %. Sur un salaire de 45 000 € en tranche 1, 3 541,50 € de cotisations retraite sont prélevées, mais les points sont calculés sur 2 790 € seulement : 751,50 € financent l'équilibre du régime sans créer de droits. S'y ajoutent la CEG et la CET, elles aussi sans contrepartie en points. Ce mécanisme, propre à l'Agirc-Arrco, explique l'écart que beaucoup de salariés constatent entre leur bulletin de paie et leur relevé de points.

Où consulter mon nombre exact de points ?

Dans votre espace personnel sur agirc-arrco.fr, rubrique relevé de points, ou sur votre relevé de carrière unique accessible depuis info-retraite.fr, qui agrège tous vos régimes. Vérifiez chaque employeur et chaque période : une année manquante représente facilement 130 à 350 points, soit 190 à 500 € de pension annuelle perdue. Les régularisations se demandent directement auprès de votre caisse, justificatifs à l'appui (bulletins de paie, attestations France Travail).

Sources officielles consultées

  1. agirc-arrco.fr — Paramètres et chiffres du régime : valeur de service du point (1,4386 € au 1ᵉʳ novembre 2025), salaire de référence 2026 (20,1877 €), taux de cotisation et taux d'appel — consulter
  2. service-public.gouv.fr — Retraite complémentaire dans le privé : Agirc-Arrco (fiche F15396) — consulter
  3. service-public.gouv.fr — Retraites complémentaires Agirc-Arrco : fin du malus de 10 %, actualité du 18 octobre 2023 mise à jour le 4 avril 2024 — consulter
  4. agirc-arrco.fr — Majorations pour enfants : taux, plafond de 2 367,48 € et règle de non-cumul — consulter
  5. agirc-arrco.fr — Pension de réversion du conjoint ou ex-conjoint : taux de 60 %, âge de 55 ans, absence de condition de ressources — consulter

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