1. Trois âges distincts à ne pas confondre
Avant tout calcul, il faut distinguer trois âges qui définissent vos droits dans le régime général :
- L'âge légal d'ouverture des droits : âge à partir duquel vous pouvez demander votre pension. Il dépend de votre date de naissance, de 62 ans pour les générations nées avant septembre 1961 à 64 ans pour les personnes nées à compter du 1er janvier 1969 (Code de la sécurité sociale, art. L161-17-2).
- L'âge du taux plein automatique : fixé à 67 ans. À cet âge, vous partez sans décote, même si vous n'avez pas la durée d'assurance requise (art. L351-8).
- L'âge du taux plein « par la durée » : âge auquel vous atteignez le nombre de trimestres requis pour votre génération (167 à 172), donc une pension à 50 % sans décote.
À retenir : partir à l'âge légal ne signifie pas partir au taux plein. Sans la durée d'assurance requise, vous subissez une décote (sauf cas particuliers : carrière longue, handicap, inaptitude).
2. Ce que la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 a changé
La loi du 14 avril 2023 relevait l'âge légal de 62 à 64 ans au rythme de 3 mois par génération à partir des personnes nées le 1er septembre 1961, avec un palier de 64 ans atteint dès la génération 1968. L'article 105 de la loi n° 2025-1403 du 30 décembre 2025 (LFSS 2026) a suspendu ce calendrier pour les pensions prenant effet à compter du 1er septembre 2026 :
- les personnes nées du 1er janvier 1963 au 31 mars 1965 restent à 62 ans et 9 mois et 170 trimestres, au lieu de progresser d'un trimestre par génération ;
- la progression reprend ensuite d'un trimestre par génération : 63 ans pour les personnes nées d'avril à décembre 1965, 63 ans et 3 mois en 1966, jusqu'à 64 ans pour les personnes nées à compter du 1er janvier 1969 (et non 1968) ;
- la durée d'assurance de 172 trimestres (43 ans) s'applique à partir de la génération 1966.
Ce calendrier concerne le régime général, les régimes alignés (MSA salariés, indépendants) et la catégorie sédentaire de la fonction publique. Il est identique à celui publié par service-public.gouv.fr (fiches F14043 et F14044, vérifiées le 14 août 2026)[1][2].
3. Tableau : âge légal et trimestres requis par génération
Le tableau est généré depuis la table utilisée par le simulateur de pension de retraite, pour les pensions prenant effet à compter du 1er septembre 2026.
| Né(e) | Âge légal | Trimestres requis | Âge légal atteint en |
|---|---|---|---|
| de 1958 à 1960 | 62 ans | 167 | 2020 à 2022 |
| de janvier à août 1961 | 62 ans | 168 | 2023 |
| de septembre à décembre 1961 | 62 ans et 3 mois | 169 | 2023 à 2024 |
| 1962 | 62 ans et 6 mois | 169 | 2024 à 2025 |
| de 1963 à mars 1965 | 62 ans et 9 mois | 170 | 2025 à 2027 |
| d'avril à décembre 1965 | 63 ans | 171 | 2028 |
| 1966 | 63 ans et 3 mois | 172 | 2029 à 2030 |
| 1967 | 63 ans et 6 mois | 172 | 2030 à 2031 |
| 1968 | 63 ans et 9 mois | 172 | 2031 à 2032 |
| à compter du 1er janvier 1969 | 64 ans | 172 | à partir de 2033 |
Source : Code de la sécurité sociale, art. L161-17-2 et L161-17-3 (rédaction issue de la LFSS 2026), fiches service-public F14043 et F14044. La dernière colonne indique l'année civile où l'âge légal est atteint selon le mois de naissance ; le départ prend effet le premier jour du mois suivant la demande.
Dans la fonction publique, les emplois de catégorie active (par exemple instituteurs, contrôleurs des douanes de la branche surveillance) conservent un âge de départ anticipé, relevé lui aussi par la loi de 2023 et suspendu par la LFSS 2026 : de 57 ans (nés avant septembre 1966) à 59 ans (nés à compter de 1974), sous réserve de 17 ans de services actifs. Les emplois dits « super-actifs » (services actifs de la police nationale, par exemple) partent de 52 à 54 ans (nés à compter de 1979)[3].
4. Comment lire votre âge de départ
Repérez la ligne de votre mois de naissance : deux personnes nées en 1965 n'ont pas le même âge légal selon qu'elles sont nées avant ou après le 1er avril. Votre âge légal, votre durée d'assurance requise et votre nombre de trimestres déjà validés figurent sur votre relevé de carrière, dans votre compte retraite sur info-retraite.fr (service inter-régimes), avec une estimation du montant selon plusieurs dates de départ.
5. Trois exemples chiffrés
Les montants ci-dessous sont recalculés avec la formule du simulateur (pension de base du régime général, hors complémentaire Agirc-Arrco, montants bruts).
Exemple 1 : salariée née en mars 1963. Âge légal 62 ans et 9 mois, soit décembre 2025, et 170 trimestres requis. Avec 170 trimestres validés et un salaire annuel moyen de 35 000 € sur ses 25 meilleures années, elle part au taux plein : 35 000 × 50 % ÷ 12 = 1 458,33 € par mois de pension de base, à laquelle s'ajoute l'Agirc-Arrco (points × 1,4386 €).
Exemple 2 : salarié né en juin 1965. Âge légal 63 ans, soit juin 2028, et 171 trimestres requis. S'il n'en a que 167 (4 manquants) et part à l'âge légal, son taux tombe à 47,5 % (50 % − 4 × 0,625 point) et sa pension est proratisée à 167/171. Pour un salaire annuel moyen de 43 200 € (3 600 € par mois), la pension de base est de 1 670,00 € par mois au lieu de 1 800,00 € au taux plein : 130,00 € de moins chaque mois, à vie.
Exemple 3 : cadre né en janvier 1968. Âge légal 63 ans et 9 mois, soit octobre 2031, et 172 trimestres requis. La surcote ne s'obtient qu'en travaillant à la fois après l'âge légal et au-delà de la durée requise. S'il a déjà ses 172 trimestres à l'âge légal et prolonge d'un an, il valide 4 trimestres supplémentaires qui remplissent les deux conditions : pension majorée de 5 % (+4 × 1,25 % du montant), soit un taux équivalent de 52,5 %. Avec un salaire annuel moyen de 48 000 € (sous le plafond de 48 060 €), la pension de base passe de 2 000,00 € à 2 100,00 € par mois. En revanche, avoir 172 trimestres à 65 ans après un début de carrière tardif ne donne aucune surcote : il n'y a pas de trimestre au-delà de la durée requise. Le mécanisme de la surcote (1,25 % par trimestre, sans plafond) est détaillé dans un article dédié.
6. Le taux plein automatique à 67 ans
Quelle que soit votre durée d'assurance, vous bénéficiez du taux plein automatique à 67 ans. À cet âge, la décote disparaît même avec 100 trimestres validés : le taux est de 50 %, mais la pension reste proratisée par trimestres validés ÷ trimestres requis.
Cet âge concerne surtout les carrières courtes ou hachées : interruptions pour élever des enfants, entrée tardive dans la vie active, longues périodes de chômage non indemnisé. Entre l'âge légal et 67 ans, la décote retient le plus petit des deux nombres : trimestres manquants pour la durée requise ou trimestres restant jusqu'à 67 ans (plafond 20). Le coefficient de 1,25 % par trimestre manquant et les moyens de l'éviter (rachat, trimestres assimilés) sont développés dans l'article sur la décote de retraite.
7. Cas particuliers : qui part avant l'âge légal
- Carrière longue : départ anticipé si vous avez commencé à travailler avant 16, 18, 20 ou 21 ans, avec une durée cotisée minimale ; l'âge de départ dépend de l'âge de début d'activité et de la génération (fiche F13845)[4]. Voir l'article retraite anticipée pour carrière longue.
- Handicap : départ dès 55 ans avec un taux d'incapacité d'au moins 50 % et une durée d'assurance minimale variable selon l'âge de départ.
- Inaptitude au travail, invalidité, incapacité permanente : taux plein dès l'âge légal (ou dès 60 ans pour l'incapacité permanente d'origine professionnelle), même sans la durée requise.
- Compte professionnel de prévention (C2P) : les points acquis peuvent financer jusqu'à 8 trimestres de majoration de durée d'assurance et un départ anticipé.
- Catégorie active de la fonction publique : 57 à 59 ans selon la génération (voir la section 3).
8. Trimestres validés et trimestres cotisés
La durée d'assurance (167 à 172 trimestres) compte les trimestres validés, qui incluent des périodes non travaillées (chômage indemnisé, maladie, maternité, service national, majoration pour enfants). Certains dispositifs (carrière longue, minimum contributif majoré) exigent en revanche des trimestres cotisés.
Un trimestre est validé en 2026 dès que vous avez cotisé sur un salaire brut égal à 150 fois le SMIC horaire en vigueur au 1er janvier de l'année (12,02 €), soit 1 803 €, dans la limite de 4 trimestres par année civile. Pour faire le point, le guide calcul de trimestres de retraite détaille les périodes assimilées et les majorations.
9. Démarche : comment demander sa retraite
La demande se fait en ligne depuis votre compte retraite sur info-retraite.fr, idéalement 4 à 6 mois avant la date de départ souhaitée : une seule demande couvre tous vos régimes (base, Agirc-Arrco, fonction publique, MSA…). Vérifiez au préalable votre relevé de carrière et faites corriger les périodes manquantes, car la date d'effet ne peut pas être antérieure au premier jour du mois suivant le dépôt de la demande.
10. Questions fréquentes
Né le 31 août 1961 : quel est mon âge légal ?
Vous êtes né avant le 1er septembre 1961 : votre âge légal reste 62 ans, avec 168 trimestres requis. Le relèvement ne s'applique qu'aux personnes nées à partir du 1er septembre 1961 (62 ans et 3 mois, 169 trimestres).
Né en 1964 : est-ce 63 ans ou 62 ans et 9 mois ?
62 ans et 9 mois, avec 170 trimestres, pour une pension prenant effet à compter du 1er septembre 2026 : la génération 1964 est la première à bénéficier de la suspension du calendrier (la loi de 2023 prévoyait 63 ans et 171 trimestres).
Puis-je partir avant l'âge légal sans dispositif particulier ?
Non. En dehors des dispositifs de la section 7, la pension du régime général ne peut pas être liquidée avant l'âge légal. Vous pouvez cesser de travailler plus tôt et vivre sur votre épargne, mais la pension ne sera versée qu'à compter de l'âge légal, et avec décote si la durée n'est pas atteinte.
L'Agirc-Arrco applique-t-elle encore un malus au départ ?
Non. Le coefficient de solidarité (minoration de 10 % pendant 3 ans pour un départ dès le taux plein) a été supprimé pour les retraites complémentaires prenant effet à compter du 1er décembre 2023. La complémentaire se liquide à l'âge du taux plein du régime de base ; un départ avec décote entraîne un coefficient d'anticipation sur les points.
Que se passe-t-il si je continue à travailler après l'âge légal ?
Si vous avez déjà la durée requise, chaque trimestre travaillé au-delà de l'âge légal apporte une surcote de 1,25 % du montant de la pension, sans plafond : quatre trimestres majorent la pension de 5 % (taux équivalent 52,5 %). Si la durée n'est pas atteinte, ces trimestres réduisent d'abord la décote.
Sources officielles consultées
- service-public.gouv.fr : À partir de quel âge un salarié peut-il partir en retraite ? Âge légal par date de naissance (fiche F14043, vérifiée le 14 août 2026), consulter
- service-public.gouv.fr : Pension de retraite de base à taux plein du salarié, trimestres requis par génération et taux plein automatique à 67 ans (fiche F14044, vérifiée le 14 août 2026), consulter
- Service des retraites de l'État : L'âge légal de la retraite, catégories sédentaire, active et super-active, pensions prenant effet avant et à compter du 1er septembre 2026, consulter
- service-public.gouv.fr : Retraite anticipée pour carrière longue du salarié (fiche F13845, vérifiée le 1er septembre 2026), consulter
- Légifrance : Code de la sécurité sociale, art. L161-17-2 (âge légal) et L161-17-3 (durée d'assurance), rédaction issue de la loi n° 2025-1403 du 30 décembre 2025 de financement de la sécurité sociale pour 2026, art. 105, consulter
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