Frais réels ou abattement 10 % : quand choisir ?
Sur votre salaire imposable, l'administration fiscale applique automatiquement un abattement forfaitaire de 10 %au titre des frais professionnels (plafonné à 14 426 € et avec un minimum de 504 € en 2026). Cet abattement couvre forfaitairement tous vos frais : transport, repas, vêtements de travail, formation.
Vous pouvez à la place opter pour les frais réels : déduire le montant exact de vos dépenses professionnelles justifiées. C'est intéressant si vos frais dépassent l'abattement forfaitaire — ce qui est fréquent dès qu'on parcourt plus de 8 000 à 10 000 km par an pour son travail.
Calcul de seuil simple : pour un salaire net imposable de 35 000 €, l'abattement forfaitaire vaut 3 500 €. Si vos frais kilométriques + autres frais réels dépassent 3 500 €, optez pour les frais réels. Pour 45 000 € de salaire imposable, le seuil monte à 4 500 €, et ainsi de suite.
Le barème kilométrique 2026 expliqué
Le barème publié chaque année par l'administration fiscale (BOFIP réf. BOI-RSA-CHAMP-10-30-20) couvre le carburant, l'entretien, l'assurance, l'usure des pneus et la dépréciation du véhicule. Il dépend de votre puissance fiscale (champ P.6 de la carte grise) et du nombre de kilomètres professionnels parcourus dans l'année.
| Puissance fiscale | Jusqu'à 5 000 km | De 5 001 à 20 000 km | Au-delà de 20 000 km |
|---|---|---|---|
| 3 CV et moins | d × 0,529 | (d × 0,316) + 1 065 | d × 0,370 |
| 4 CV | d × 0,606 | (d × 0,340) + 1 330 | d × 0,407 |
| 5 CV | d × 0,636 | (d × 0,357) + 1 395 | d × 0,427 |
| 6 CV | d × 0,665 | (d × 0,374) + 1 457 | d × 0,447 |
| 7 CV et plus | d × 0,697 | (d × 0,394) + 1 515 | d × 0,470 |
d = distance parcourue à titre professionnel (en km). Barème applicable aux voitures particulières. Le barème équivalent existe pour les deux-roues.
Important : ce barème ne couvre pas les frais de péage ni de stationnement. Ces dépenses s'ajoutent au calcul, avec justificatifs (tickets, factures, relevé Liber-t).
Comment calculer ses frais kilométriques exacts
Trois étapes simples :
- Déterminez la puissance fiscale de votre véhicule. Elle figure sur la carte grise, champ P.6. Ne confondez pas avec la puissance réelle en chevaux DIN (champ P.2).
- Comptez les kilomètres professionnelsparcourus dans l'année : trajets domicile-travail + déplacements professionnels (rendez-vous, formations, missions). Un agenda ou un tableau Excel mensuel suffit.
- Appliquez la formule de la bonne tranche selon le total annuel.
Exemple chiffré : vous roulez en 6 CV et parcourez 18 000 km professionnels dans l'année. Vous êtes dans la tranche 5 001-20 000 km, donc :
(18 000 × 0,374) + 1 457 = 8 189 € de frais kilométriques déductibles.
Si votre tranche marginale d'imposition (TMI) est de 30 %, vous économisez environ 2 457 € d'impôt(8 189 × 30 %), à comparer au gain d'un éventuel abattement forfaitaire de 10 %.
Trajets domicile-travail : règles et limites
L'administration accepte par défaut jusqu'à 80 km aller-retour par jour(40 km dans chaque sens). Au-delà, il faut justifier que vous ne pouvez pas vous rapprocher de votre lieu de travail (conjoint travaillant ailleurs, enfants scolarisés, état de santé, marché du logement local…).
Quelques règles à retenir :
- Un seul aller-retour par jour est comptabilisé, même si vous rentrez déjeuner à midi (sauf si vous prouvez une nécessité particulière, comme la garde d'un enfant).
- Télétravail partiel : ne déduisez que les jours réellement travaillés sur site. Pour 2 jours de télétravail par semaine sur 218 jours travaillés, vous ne comptez que ~130 jours de trajet.
- Congés, RTT, arrêts maladie, formations : à retrancher du décompte.
- Trajets professionnels en plus : rendez-vous clients, missions, déplacements ponctuels — à ajouter aux trajets domicile-travail, dans la limite des kilomètres réels parcourus.
Et le véhicule électrique ?
Depuis 2021, le barème kilométrique est majoré de 20 % pour les véhicules entièrement électriques. C'est un coup de pouce fiscal qui reflète le coût supplémentaire à l'achat et compense partiellement la moindre déperdition d'énergie en usage.
Exemple : avec une berline électrique de 6 CV fiscaux, sur 12 000 km professionnels :
((12 000 × 0,374) + 1 457) × 1,20 = (4 488 + 1 457) × 1,20 = 7 134 €.
Le bonus s'applique aussi aux deux-roues 100 % électriques. Il ne concerne en revanche pas les hybrides, même rechargeables.
Comment déclarer aux impôts ?
Sur la déclaration de revenus n°2042, deux gestes à faire :
- Reportez vos salaires dans les cases habituelles 1AJ (déclarant 1), 1BJ (déclarant 2), 1CJ/1DJ (personnes à charge). Ces montants restent inchangés.
- Indiquez vos frais réels totaux (frais kilométriques + péages + stationnement + repas + autres frais professionnels) en case 1AK pour le déclarant 1, 1BK pour le déclarant 2, 1CK ou 1DK pour les personnes rattachées. Le simple fait de remplir cette case déclenche l'option pour les frais réels — il n'y a plus de case spécifique à cocher dans le formulaire 2042 actuel.
Joignez un détail libre via la note explicative en ligne (rubrique « mentions complémentaires ») : type de véhicule, puissance fiscale, kilométrage annuel, formule appliquée, montant calculé.
Conservez les justificatifs pendant 3 ans(délai de reprise de l'administration) : carte grise, tableau de calcul détaillé, agenda professionnel, factures de péage, attestations de l'employeur si déplacements spécifiques.
5 pièges à éviter
- Compter les kilomètres personnels par erreur. Seuls les trajets domicile-travail et les déplacements professionnels comptent. Les week-ends, vacances, courses, sorties familiales ne sont pas déductibles.
- Oublier de retrancher l'indemnité kilométrique versée par l'employeur.Si vous percevez déjà une indemnité (par exemple 0,30 €/km), vous ne pouvez déduire que le complément entre l'indemnité reçue et le barème fiscal — ou, plus simplement, réintégrer l'indemnité dans vos salaires et déduire l'intégralité du barème.
- Confondre puissance réelle et puissance fiscale. La fiche P.2 indique la puissance moteur (kW), souvent traduite en chevaux DIN par les concessionnaires. Seule la puissance fiscale (P.6, en CV) est utilisée pour le barème.
- Cumuler frais réels et abattement forfaitaire. C'est l'un ou l'autre, jamais les deux. L'option pour les frais réels supprime automatiquement l'abattement de 10 %.
- Ne pas garder les justificatifs.Sans pièces, en cas de contrôle, l'administration rejette les frais réels et réapplique l'abattement de 10 % — avec parfois une majoration de 10 % pour mauvaise foi.
En résumé
Les frais kilométriques sont un levier fiscal puissant pour les salariés mobiles. Au-delà de 8 000-10 000 km professionnels par an, l'option pour les frais réels devient presque toujours avantageuse, surtout en TMI à 30 % ou plus. Trois clés pour bien faire : connaître votre puissance fiscale, tenir un décompte rigoureux des kilomètres, et conserver vos justificatifs pendant 3 ans.