1. Qui peut bénéficier de l'ARE ?
L'allocation d'aide au retour à l'emploi (ARE) est versée par France Travail aux salariés qui ont perdu involontairement leur emploi. Pour y avoir droit, vous devez remplir cinq conditions cumulatives :
- Être involontairement privé d'emploi : licenciement (économique, personnel, faute), fin de CDD, fin de mission d'intérim, rupture conventionnelle.
- Avoir cotisé au moins 6 mois sur les 24 derniers mois (soit 130 jours travaillés ou 910 heures). Période portée à 36 mois pour les 53 ans et plus.
- Être inscrit comme demandeur d'emploi auprès de France Travail dans les 12 mois suivant la fin du contrat.
- Être en recherche active d'emploi (justifiable par le carnet de bord et les rendez-vous mensuels).
- Être physiquement apte au travail et résider en France.
La démission n'ouvre pas droit à l'ARE, sauf cas particuliers : démission « légitime » reconnue par France Travail (suivi du conjoint, mariage avec déménagement, violences conjugales…) ou démission-reconversion validée après 5 ans d'activité continue par un Conseil en évolution professionnelle (CEP).
2. Le SJR : votre salaire journalier de référence
Le salaire journalier de référence (SJR) est la base de calcul de votre allocation. Il représente votre rémunération moyenne par jour sur la période de référence (les 24 derniers mois, ou 36 mois pour les 53 ans et +).
Formule officielle :
SJR = somme des salaires bruts perçus ÷ nombre de jours d'affiliation
Le nombre de jours d'affiliation est plafonné à 392 jours par an (soit 75 % de l'année), pour ne pas pénaliser les contrats courts entrecoupés de périodes non travaillées.
Simplificationpour un emploi à temps plein continu :
SJR ≈ salaire brut mensuel × 12 ÷ 365
Exemple : un salaire de 2 500 € brut par mois donne un SJR de 2 500 × 12 ÷ 365 = 82,19 €/jour. Les primes, le 13e mois et les heures supplémentaires sont intégrés dans le calcul ; les indemnités de licenciement et de congés payés en sont exclues.
3. Calcul de l'ARE journalière
Le montant brut journalier de l'ARE est le plus élevé des deux formules suivantes :
- Formule 1 : 40,4 % du SJR + 13,11 € (partie fixe)
- Formule 2 : 57 % du SJR
Ce résultat est ensuite encadré par deux bornes :
- Plafond : 75 % du SJR (votre allocation ne peut jamais dépasser ce seuil).
- Plancher : environ 31,59 €/jour (montant 2024 indicatif, revalorisé chaque 1er juillet).
Application à notre exemple(SJR = 82,19 €) :
- Formule 1 : 0,404 × 82,19 + 13,11 = 46,32 €
- Formule 2 : 0,57 × 82,19 = 46,85 €
- Le plus élevé est retenu : 46,85 €/jour brut, soit environ 1 405 €/mois (sur 30 jours).
Comparé au salaire net de départ (~1 953 €), l'ARE représente bien environ 57 % du salaire brut ou 72 % du salaire net. C'est la fourchette classique pour un salaire moyen.
4. Durée d'indemnisation : 18 à 27 mois selon l'âge
La durée d'indemnisation dépend de votre durée d'affiliation (1 jour travaillé = 1 jour indemnisé), plafonnée selon l'âge à la fin du contrat :
| Âge fin de contrat | Durée max | Équivalent jours |
|---|---|---|
| Moins de 53 ans | 24 mois | 730 jours |
| 53 à 54 ans | 22,5 mois | 675 jours |
| 55 ans et plus | 27 mois | 810 jours |
Important : depuis le décret du 1er février 2023, ces durées sont minorées de 25 %lorsque le taux de chômage national est inférieur à 9 % (mécanisme de « modulation conjoncturelle »). Dans ce cas, la durée pour les moins de 53 ans tombe à 18 mois (548 jours).
Si le chômage repasse au-dessus de 9 % ou augmente de 0,8 point en un trimestre, un « complément de fin de droits »de 25 % est versé pour rétablir la durée pleine.
5. Le différé d'indemnisation
Entre la fin de votre contrat et le premier versement de l'ARE, plusieurs périodes de carence s'appliquent. Vous êtes inscrit comme demandeur d'emploi, mais vous n'êtes pas indemnisé.
a) Le différé congés payés
Différé CP = indemnité compensatrice de CP brute ÷ SJR
Exemple : 2 500 € d'ICCP versés au solde, SJR de 82,19 € → différé de 31 jours.
b) Le différé spécifique (indemnités supra-légales)
Différé spécifique = (indemnité supra-légale) ÷ 96,5
Plafonné à 75 jours en cas de rupture conventionnelle ou transactionnelle, et à 150 jours en cas de licenciement économique. La partie légale de l'indemnité (le minimum obligatoire) n'entre pas dans ce calcul.
c) Le délai d'attente
Un délai de 7 jours systématique s'ajoute, dès l'inscription, après tous les différés. Il s'applique une seule fois tous les 12 mois.
Total possible : dans le cas d'une rupture conventionnelle avec ICCP et indemnité supra-légale maximale, le premier versement peut intervenir 3 à 4 mois après la fin du contrat.
6. L'ARE est-elle imposable ? Pièges courants
Fiscalité : l'ARE est imposablecomme un salaire et soumise au prélèvement à la source. Elle subit aussi des prélèvements sociaux allégés :
- 3 % de retraite complémentaire (Agirc-Arrco), assise sur l'ancien SJR.
- CSG (6,2 %) + CRDS (0,5 %)= 6,7 %, avec exonération possible pour les allocations les plus faibles.
Au total, le net versé représente environ 93 % du brut. Pour notre exemple à 46,85 € brut journalier : ~43,57 € net, soit environ 1 307 €/mois avant impôt sur le revenu.
Pièges classiques à éviter :
- Démissionner entre deux contrats : vous perdez tout droit à l'ARE si le nouvel emploi ne se concrétise pas. Préférez une rupture conventionnelle quand c'est possible, ou attendez la fin de la période d'essai du nouveau poste pour quitter l'ancien.
- Activité réduite : vous pouvez cumuler ARE et salairetant que le total ne dépasse pas votre ancien salaire mensuel brut. France Travail déduit 70 % du salaire brut perçu de votre allocation mensuelle. C'est un excellent moyen de reprendre progressivement.
- Refus d'offres raisonnables d'emploi : deux refus exposent à une suspension de l'allocation (1 à 4 mois selon les cas). L'offre raisonnable se définit en fonction du métier, du salaire antérieur et du temps de trajet.
- Reprise d'activité non déclarée : à éviter absolument. Toute heure travaillée doit être déclarée au moment de l'actualisation mensuelle, sous peine de remboursement des allocations indues et de sanctions.
- Création d'entreprise : l'ACRE et l'ARCE permettent de toucher 60 % du reliquat de droits en capital (deux versements), ou de cumuler l'ARE avec les revenus de votre micro-entreprise.
En résumé
L'ARE remplace en moyenne 57 % du salaire brut (soit environ 72 % du net) pour une durée de 18 à 27 mois selon l'âge et la conjoncture. Le calcul exact dépend du SJR, des deux formules officielles, du plancher/plafond et du différé. Pour anticiper précisément votre allocation et son délai de versement, utilisez notre simulateur en croisant les données de votre rémunération et de votre rupture de contrat.
Sources : Convention chômage France Travail (2023), Code du travail Art. L5421-1 et suivants, Service-Public.fr — fiche allocation chômage, décret n°2023-33 du 26 janvier 2023 relatif à la modulation conjoncturelle.