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AAH 2026 : droits, montants et taux d'incapacité

L'AAH garantit un minimum aux personnes en situation de handicap reconnu. Voici les conditions 2026, les montants (jusqu'à 1 016 €/mois), la déconjugalisation entrée en vigueur en 2023, et les cumuls possibles.

1. Qu'est-ce que l'AAH

L'Allocation aux Adultes Handicapés (AAH) est un minimum social créé en 1975 et codifié aux articles L.821-1 et suivants du Code de la sécurité sociale. Versée par la CAF (ou la MSA pour les ressortissants du régime agricole), elle garantit un revenu plancher aux personnes en situation de handicap reconnu par la Maison départementale des personnes handicapées (MDPH).

Au 1erjanvier 2026, environ 1,3 million de personnes la perçoivent en France, selon les chiffres de la DREES. Elle n'est pas un revenu de remplacement professionnel : elle peut se cumuler avec un salaire, une pension, le RSA résiduel, l'APL ou encore la prime d'activité, sous conditions.

2. Conditions médicales : taux d'incapacité

L'éligibilité repose d'abord sur un taux d'incapacité permanente évalué par la CDAPH(Commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées) au sein de chaque MDPH, à partir du guide barème annexé au décret du 4 novembre 1993.

  • Taux ≥ 80 % — la personne est considérée comme ayant une déficience entraînant des entraves majeures dans la vie quotidienne. L'AAH est accordée sans autre condition liée à l'employabilité.
  • Taux entre 50 % et 79 % — l'AAH est versée sous réserve d'une RSDAE, c'est-à-dire une « restriction substantielle et durable d'accès à l'emploi » d'au moins 1 an, reconnue par la CDAPH. Cette restriction se mesure aux limitations fonctionnelles et au handicap face au marché du travail.
  • Taux < 50 % — pas de droit à l'AAH, mais d'autres dispositifs peuvent prendre le relais (pension d'invalidité, RSA, prime d'activité).

La RSDAE est appréciée concrètement : un médecin de la MDPH, un travailleur social et parfois un référent insertion examinent les limitations dans la mobilité, la communication, la cognition ou l'endurance, croisées avec le bassin d'emploi. Une simple inaptitude médicale prononcée par la médecine du travail n'équivaut pas à une RSDAE : il faut démontrer que les efforts d'adaptation du poste, de formation et d'aménagement horaire n'ont pas permis un retour stable à l'activité.

3. Conditions administratives

Plusieurs critères s'ajoutent au taux médical, fixés à l'article L.821-1 du Code de la sécurité sociale :

  • Âge: avoir au moins 20 ans, ou 16 ans si la personne n'est plus considérée à la charge de ses parents au sens des prestations familiales. La limite supérieure est l'âge légal de la retraite ; au-delà, l'AAH bascule sur l'ASPA(sauf pour les bénéficiaires à taux ≥ 80 %, qui peuvent conserver une AAH différentielle).
  • Résidence : résider de manière stable en France métropolitaine ou dans un département d'outre-mer. Les ressortissants étrangers hors UE doivent justifier d'un titre de séjour régulier.
  • Ressources : les revenus du demandeur (et désormais uniquement les siens depuis la déconjugalisation) ne doivent pas dépasser le plafond annuel correspondant à 12 fois l'AAH à taux plein, soit 12 192 € pour une personne seule en 2026 (montants au 1er avril 2026, source CAF).

4. Déconjugalisation depuis le 1er octobre 2023

Réforme majeure entrée en vigueur le 1er octobre 2023(loi n° 2022-1158 du 16 août 2022) : les revenus du conjoint, partenaire de PACS ou concubin ne sont plus pris en compte dans le calcul du droit à l'AAH. Le montant ne dépend donc que des ressources personnelles du bénéficiaire.

La CAF applique automatiquement le mode de calcul le plus favorable entre l'ancien (conjugalisé) et le nouveau (déconjugalisé), pour les bénéficiaires en couple au moment de la réforme. Concrètement, près de 120 000 personnes ont vu leur allocation augmenter en moyenne de 350 €/mois selon les chiffres communiqués par la DREES en 2024.

La déconjugalisation a deux effets pratiques pour les couples qui en bénéficient : la majoration pour conjoint à charge (89 €) a été supprimée, et le plafond de ressources n'est plus rehaussé en cas de vie maritale. À l'inverse, certains bénéficiaires dont le conjoint avait des revenus faibles peuvent être pénalisés par la nouvelle règle ; la CAF maintient alors l'ancien mode de calcul aussi longtemps qu'il reste plus favorable (clause dite de « cliquet »).

5. Montants 2026

Après la revalorisation annuelle au 1er avril 2026, le barème est le suivant :

ComposanteMontant mensuel 2026Conditions
AAH à taux plein1 016 €Sans aucune ressource
AAH différentielleVariableComplément jusqu'au plafond (1 016 € – ressources personnelles)
Complément de ressources (en extinction)179,31 €Maintenu jusqu'en 2030 pour les bénéficiaires en cours
Majoration pour la vie autonome104,77 €Logement indépendant + APL + taux ≥ 80 % + sans activité

Le complément de ressources ne se cumule jamais avec la majoration pour la vie autonome. À noter : depuis le 1er décembre 2019, le complément de ressources n'est plus attribué aux nouveaux bénéficiaires.

6. Démarches MDPH : dossier, RQTH, durée

La demande d'AAH se fait via le formulaire Cerfa n° 15692*01, à déposer auprès de la MDPH du département. Il est désormais possible de le télédéposer via monparcourshandicap.gouv.fr. Le dossier doit contenir :

  • Le formulaire de demande dûment rempli ;
  • Un certificat médical Cerfa n° 15695*01 daté de moins de 6 mois ;
  • Une pièce d'identité et un justificatif de domicile ;
  • Tout bilan ou compte-rendu spécialisé (HAS, neuropsy, etc.).

La RQTH (Reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé) peut être demandée sur le même formulaire, en cochant la rubrique dédiée. Elle ouvre l'accès à l'obligation d'emploi (article L.5212-13 du Code du travail) et à un accompagnement Cap emploi.

La durée d'attributionvarie selon le taux : de 1 à 10 ans pour un taux entre 50 et 79 %, jusqu'à attribution sans limitation de durée pour un taux ≥ 80 % dont le handicap n'est pas susceptible d'évolution favorable (décret du 27 décembre 2018). Délai moyen d'instruction MDPH : 4 à 6 mois selon les départements (source DREES 2024).

7. Cumul AAH et activité professionnelle

L'AAH est entièrement cumulable avec un revenu d'activité, dans la limite du plafond annuel. Le mode de calcul applique un abattement de 80 % sur la part de salaire inférieure à un SMIC mensuel brut, et de 40 % sur la part supérieure (article R.821-4 du Code de la sécurité sociale).

Exemple chiffré : une personne avec taux à 80 % qui gagne 600 € nets par mois (ESAT ou temps partiel adapté) verra environ 120 € de revenus retenusdans le calcul de l'AAH (600 € × 20 %), soit une AAH résiduelle d'environ 896 €/mois. Total mensuel disponible : 1 496 €. Sans l'abattement, la personne n'aurait perçu que 1 016 €.

Le travail en ESAT(Établissement et service d'accompagnement par le travail) bénéficie d'un régime spécifique avec rémunération garantie comprise entre 55 et 110 % du SMIC, dont une partie est versée par l'État. L'AAH différentielle complète automatiquement le revenu jusqu'au plafond.

Au-delà du seul abattement, plusieurs autres règles favorables s'appliquent. Les indemnités journalières de sécurité sociale et la pension d'invalidité sont intégrées au calcul, mais elles ouvrent souvent droit à une AAH différentielle qui complète jusqu'au plafond. La prime d'activité, gérée par la CAF, peut être cumulée à partir d'un revenu d'activité minimal : pour un bénéficiaire AAH travaillant en milieu ordinaire, c'est souvent 50 à 150 €/mois supplémentaires. Enfin, l'AAH ouvre droit à l'exonération de la taxe d'habitation sur la résidence principale, à la CMU-C ou à la complémentaire santé solidaire selon les ressources, et à des tarifs sociaux pour l'énergie et les transports.

En résumé

L'AAH 2026 est versée à taux plein jusqu'à 1 016 €/mois aux personnes ayant un taux d'incapacité ≥ 80 %, ou aux 50-79 % avec RSDAE. Depuis la déconjugalisation d'octobre 2023, seules les ressources personnelles comptent. Le cumul avec un salaire reste favorable grâce à l'abattement de 80 %, et la durée d'attribution peut être illimitée pour les handicaps lourds non évolutifs. Les démarches passent toujours par la MDPH du département, dossier Cerfa et certificat médical à l'appui.

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